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26.01.2012

Obéir à l'oiseau

Nous marchions lentement

Dans les hautes fougères 

Nous traversions le bois

Sans arrières-pensées

Sans nous préoccuper

Du temps qu'il allait faire

De l'orage guettant

Le moment d'éclater

 

Nous n'aspirions qu'à trouver

Une proche clairière

Pour nous y reposer

 

Soudain d'une branche

Au-dessus de nos têtes

Un drôle d'oiseau

Se mit à parler

Nous intimant l'ordre

De quitter les lieux

De faire marche-arrière

De nous mettre à l'abri

De l'ire des dieux

Et de nous cacher

 

Du ciel alors les premières

Gouttes de pluie se mirent à tomber

Et rebroussant chemin

Nous nous en allâmes

D'un pas précipité

 

 

Jacques Herman

2011

24.01.2012

Fruits amers

Les fruits amers

De l'automne pourri

Se désagrègent

Au fond du panier

 

L'un d'entre eux

Plus blet que les autres

Voudrait qu'on l'euthanasie

 

Une poire déchue

S'accroche désespérément

A ce qui lui reste de vie

 

Ce qui naguère ressemblait

A un grain de raisin

N'entend plus se mêler de rien

 

L'odeur en ces lieux

Témoignent qu'ici

Tout accède à sa fin

 

 

Jacques Herman

2011

 

22.01.2012

Douleur de la pluie

La pluie tambourine

A la fenêtre

Et s'écoule en gémissant

 

Elle nous fait part de la douleur

Intense qu'elle ressent

Et que l'on imagine

 

Mais il n'est pas

En notre pouvoir

D'abréger ses souffrances

Et c'est dans le silence

Qu'elle vient broyer du noir

 

Remplis à ras-bord

De notre indifférence

Sur la pointe des pieds

Nous nous éloignons

Des mystères du soir

 

 

Jacques Herman

2011

 

20.01.2012

Les portes du ciel

Sur la plage déserte

Sans doute à cause du froid

Elle chemine tremblante

La laisse entre les doigts

Et le chien toujours surpris

Par le seul bruit des vagues

Sans cesse renouvelées

N'en finit pas d'aboyer

 

Le soleil à cette heure

Rosit du plaisir

De pouvoir se coucher

 

Les nuages à l'Occident

Doucement s'étirent

Comme un tissu laineux

Partout effiloché

 

Elle dénoue ses cheveux

Détache le corgy

Lance un bâton noueux

Qu'aussitôt il rapporte

 

La fin du jour fraîchit

Le ciel va bientôt

Fermer toutes ses portes

 

 

Jacques Herman

2011


18.01.2012

Recours au clavier

L'encre des mots

Refuse de sécher

C'est d'après ce que l'on dit

A cause de la grève 

Des fibres du papier

 

Le poète peut bien

Ecrire au crayon

Mais les gommes aussitôt

Comme une armée en marche

Viennent tout effacer

 

Il ne reste donc rien

D'autre à l'écrivain

Que le triste recours

A l'usage du clavier

 

 

Jacques Herman

2011

 

16.01.2012

Porte de ville

Son coeur s'est rempli

De pétales fanés

De fleurs inconnues

Qui embaument l'été

Mais à l'automne puent

 

Il avise la tour

Carrée au bout du pont

Qui fait porte de ville

 

Sous la grande arche sombre

A cette heure tardive

Il songe à se cacher

A se faire oublier

Tapi tout contre le mur

Puis y mourir tranquille

A l'abri du regard

Des passants trop pressés

 

 

Jacques Herman

2011


14.01.2012

Labours

Tout en ces replis

Des labours de l'hiver

Se décline dans les tons

Du champ nourricier

Vierge de ce qui sera ensemencé

Dépourvu de l'espoir que les mains

De le semeuse

Vont un jour disperser

 

Les jours et les nuits

Sont du temps suspendu

De la vie arrêtée

Une image figée

D'un film qui s'entête

A ne plus défiler

 

Le brouillard à lui seul

Se plaît à fixer

Les choses et bientôt

On dirait que la vie

Cherche à se congeler

Dans l'attente infinie

D'une séquence prévue

Mais qui tarde à pointer

Le bout de son nez

Que la bise a rougi

 

 

Jacques Herman

2011

 

12.01.2012

Voyante

Dressée sur la pointe des pieds

Le cou tendu

Jusqu’à la déchirure

Les yeux rivés

Sur le monde alentour

La voyante ne voit rien venir

 

Ni l’épaisse fumée

Que dégage l’usine

Ni le nuage vibrant

D’un vol d’étourneaux

Ni la chorégraphie

Sur le ciel bleu

D’un cerf-volant

Ni la faux de la mort

Qui vient à sa rencontre

Rompre le cours du temps

 

 

Jacques Herman

2011


10.01.2012

Que l'on ferme les volets

Des fenêtres étroites

Laissent passer le temps

Jusqu’ici prisonnier

Des griffes saturniennes

Et libéré sans doute

Inconsidérément

 

Le voilà qui soudain

Se met à enfler

A jouer les baudruches

A deux doigts d’éclater

Entre des mains d’enfant

 

Que l’on ferme les volets

S’époumone un passant

Mais la noirceur du ciel

Vient absorber son cri

 

 

Jacques Herman

2011

08.01.2012

Mais voilà qu'un fauteuil

Elle vient lâchement

De m'abandonner

C'est la fin d'une histoire

D'amour

Et je broie du noir

 

Mais voilà qu'un fauteuil

Vient me tendre les bras

Un vrai coup de foudre

Selon toute apparence

 

Je me blottis 

Entre ses accoudoirs

Comme le ferait un chat

 

 

Jacques Herman

2011