Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

31/12/2009

Tu m'as demandé

Nous nous sommes croisés

A l’angle de la rue du Port

Et de l’avenue des Alliés

Tu portais un chapeau

Bizarrement emplumé

Et des lunettes noires

Tu m’as demandé

Comment accéder 

Plus vite que prévu

A la tombée du soir

Et ta question m’a plu

Je ne me souviens pas

Si je t’ai répondu

Jacques Herman

2009

20:32 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

30/12/2009

A notre aplomb

La mort est passée par ici

Certes mais

Elle n’a pas laissé

La moindre trace

Et dans le gris du ciel

Le vent qui passe

Prestement efface

A notre aplomb

Les innombrables noms 

Des trépassés

Jacques Herman

2009

10:54 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

29/12/2009

Senteurs marines

Dans l’allée des marronniers

Des marins avinés

Passent et repassent

A travers la langueur 

D’un soir d’été

Fait de moiteur 

Et de monotonie

L’un d’eux s’accroupit

Au pied d’un réverbère

Tandis qu’un autre chante

Sous le ciel qui rosit

Ce sont les heures douces

Et glauques à la fois

Où se dessinent

Sur les quais du port

Les pétales flétris 

De la fine fleur

Des senteurs marines

Chaque soir ici

Est attente du jour

Comme un cri sourd

Qui monte dans l’air

Se laisse emporter par le vent

Et finit sa course en tombant 

Dans les vagues premières

Jacques Herman

2009

10:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

28/12/2009

Vainqueurs et vaincus

Les poissons dans le port

Se sont attroupés au bord

Du quai trois

Nerveux

Agités

Ils bouillonnent d’impatience

On vient d’annoncer

L’arrivée du Silence

Un navire de guerre

De retour 

Après trois mois

Soixante-deux marins

Sont morts au combat

Les honneurs militaires

Vont leur être rendus

Ce soir 

Le ciel portera 

Le deuil des vainqueurs

Et le deuil des vaincus

Jacques Herman

2009

22:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/12/2009

La maison du poète

La maison du poète est fermée

Mais un maigre portail

Aux trois-quarts rouillé

Vaguement entrouvert

Donne accès au jardin

Minuscule

Apaisant

Serein

Le poète est mort

Il s’est tiré

Une balle dans la poitrine

Un promeneur

Pointant du doigt le ciel

Me dit tout bas

Qu’il est parti ailleurs

Mais ailleurs n’est jamais très loin

C’est la porte d’à côté

C’est le portail voisin

C’est la terre molle et fertile

Des jardins d’amour

Qui sous 

La pâleur lunaire

Demeurent à portée de main

Jacques Herman

2009

18:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

26/12/2009

Symétrie

Regarde petit

Devant toi

Se dresse un mur

Si haut qu’on ne voit

Rien d’autre que lui

Et un bout de ciel gris

Mais derrière le mur

Les champs s’allongent

Balayés par le vent

Jusqu’aux dunes premières

Et puis c’est la plage

Et puis c’est la mer

Et derrière la mer

C’est encore une plage

Puis des dunes

Puis des champs

Balayés par le vent

Puis un mur

Puis des gens 

Qui ne voient

Que lui

Et un bout de ciel gris

Jacques Herman

2009

09:43 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4)

25/12/2009

Calendrier

Les jours se suivent

Et se ressemblent au point

Qu’on ne peut plus

Les distinguer

A moins

Qu’on ne les chiffre

Qu’on ne les étiquette

Qu’on ne les nomme

Lundi douze juillet

Jeudi vingt-quatre avril

En mai découvre-toi d’un fil

S’il pleut le matin

De la Saint Lazare

C’est qu’il a plu

Deux jours plus tôt

Ou que le facteur

Est en retard

Les jours se suivent

Et quand

Leur équilibre est rompu

Ils tombent parfois

Des ponts qui enjambent

Les fleuves et les canaux

Jacques Herman

2009

10:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

24/12/2009

Tombée du soir

Le soir est tombé

Sur la ville

Brisant les toits

Déchirant les murs

Portant la mort

Comme s’il avait plu 

Des bombes incendiaires

Quelques-uns parmi nous

Avaient prévu le coup

Ils ont quitté les lieux

Ils ont levé les voiles

Ils se sont accrochés

Aux premières étoiles

Les autres ont péri

A l’exception de nous

Qui survivons amers

Et sans savoir pourquoi

Jacques Herman

2009

20:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

23/12/2009

Tout devient banal

Tout sonne juste ce matin

Bien plus juste qu’à l’ordinaire

Ainsi l’eau du canal 

Que des hommes en blanc

Repeignent en vert

Les hauts peupliers

Qui sans prévenir

Se mettent à hurler

A la mort comme des chiens

Les cyclistes qui passent

La fleur au fusil

Pédalent

Pédalent

Et ne remarquent rien

Le ciel qui se déchire

Et d’où soudain dévale

Une averse de sang

Le facteur en tournée

Qui marche affublé 

D’une tiare papale

Haut les coeurs mes amis

Il semblerait qu’ici

Tout devienne banal

Jacques Herman

2009 

09:58 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

22/12/2009

Fendre l'eau

Ne vous en déplaise

Je viens

Fendre l’eau de la mer

Au fil de l’épée

Seul m’importe

A vrai dire

Qu’elle soit partagée

Comme les tranches

D’un gâteau

Les dieux se rient de moi

Mais peu me chaut

Des algues

Des poissons

Des bateaux

L’indéfectible soutien

Me paraît acquis 

En fin de journée

Petit

Tu viendras sur la plage

Seul

Tout seul

Et tu tenteras de

Recoller les morceaux

Jacques Herman

2009

14:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)