Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

01/07/2017

Et sur l'autre rive

ET SUR L’AUTRE RIVE

 

 

Les corps allongés

Dans les algues du port

Suintent

Tandis que perché sur la hune

Un aigle géant que le vent déplume

Ouvre ses ailes en fixant

De ses yeux perçants

La ligne d’horizon

Où le ciel divorce

A jamais de l’océan

Comme quoi?

Comme quoi?

Comme des mots qui se séparent

De l’air de la chanson

 

On l’entend qui hurle

D’une voix de stentor :

« Les femmes et les enfants d’abord! »

Puis :

« Transportez les vivants

S’il en reste

Dans les dunes à bâbord! »

 

Les vivants ?

Mais il n’en reste aucun

Pas même celui

Qui en ce jour écrit

Ces mots que vous lisez

 

Ah ! nous avons souffert

De ces longues attentes

Des batailles sans fin

Des luttes incessantes

 

Notre sang a coulé

Partout

Jusqu’aux trous

Qui servent parfois de sépultures

Où l’on porte en terre

Pêle-mêle

Les morts et les ordures

 

Ah ! nous avons souffert

Des gerçures du cœur

C’est la guerre !

C’est la guerre !

Certes

Mais nos âmes endurcies

Qui ont tremblé d’abord

Ont fini naufragées

Comme les barques pourries

Dans un coin du vieux port

 

Ah ! nous avons souffert

Des gerçures du cœur

C’est la guerre !

C’est la guerre !

Certes

Mais nos âmes endurcies

Entendent encore

Les tirs en embuscade

Le crépitement glauque

Des feux ravageurs

L’explosion des grenades

 

Et la douleur

Se fait lancinante

Sous les coups des aiguilles

Affûtées

Transperçantes

Arrachées aux cadrans

De vieilles horloges

Dont les heures

Comme nous

Ont échappé au temps

 

Et sur l’autre rive

Où campent les vivants

On dit qu’on s’interroge

Et qu’on reste vigilant

 

 

Jacques Herman

2017

 

 

20:38 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Écrire un commentaire