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17/10/2009

Antilyrisme

Je voudrais apprendre
Le langage du vide
M'approcher avec vous
De l'ivresse du néant
Mais je reviens sans cesse
Antilyrique en diable
Aux chiens sans collier
A la brume du soir
Aux prostituées
Au charme incomparable
Des odeurs du canal
Au profil de l'usine
A l'effacement de soi

Je veux vivre entouré
De lascives sirènes
De vieux anges déchus
De vrais anarchistes
D'écorchés vifs
Qui ne cicatrisent pas
Et courir après vous
Sans ménager ma peine
Vous saisir par les bras
Et vous couronner reine
Du royaume des fous


Jacques Herman
2009

10:47 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/10/2009

Qu'importe

Faut-il vous dire
Combien d'étoiles
Vous tournent autour de la tête
Et combien je suis bête
D'avoir omis
D'en informer le monde

Je vous dirai tout
Ce que vous voulez entendre
Et je m'efforcerai
De publier vos louanges partout

Pardonnez à mon chien
D'avoir fait ses besoins
Si près de votre porte
C'est une manie
Chez ce toutou
Quand nous nous promenons
Dans votre quartier

Sans doute
Votre arrogance
Et votre suffisance
Ne sont pas à son goût

Qu'importe
Après tout
Ce qui compte
C'est qu'on parle de vous


Jacques Herman
2009


17:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

15/10/2009

Jardin secret III

J'ai rempli
Ton verre à ras bord
D'amitié douce
Et de velours
Le petit col blanc
Qui le chapeaute
Est de la mousse d'amour

Ne le bois pas
Comme on avale
Une fine au comptoir

Considère-le
Comme ce que je voudrais
Qu'il soit à tes yeux
Un signe
Une parole
Un attouchement discret

Puis cherche en toi les clés
Susceptibles d'ouvrir
La porte dérobée
Du grand jardin secret


Jacques Herman
2009

17:08 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

14/10/2009

Quand il s'ouvrit les veines

Quand il s'ouvrit les veines
Sur le trottoir
Au milieu du jour
C'est de l'encre qui coula

Dans la rue
Chacun ferma
Ses portes
Ses fenêtres
Ses volets
Puis se terra
Comme pour éviter
D'assister à la scène

L'agonie parut
Interminable

L'encre autour de lui sécha
Elle était rouge
Comme du sang


Jacques Herman
2009

01:44 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

13/10/2009

Monologue

Je parle à tout ce qui m'entoure
A l'hirondelle
Au geai des chênes
Aux pigeons qui roucoulent dans la cour

Je parle à la porte du presbytère
Toujours entrouverte
A la glycine fleurie
Au lierre
A l'herbe verte
Que la neige plus que les ans
Blanchit

Je parle aux voisins
Aux belles de nuit
Au fils du notaire
Au boulanger
A la bouchère
A la grande ourse aussi

Je parle à mes pieds
Posés sur un coussin
Je parle aux salamandres
Aux limaces du jardin
Au feu lointain qui rougit l'horizon

Je parle aux oiseaux
Je parle au vent
A l'orage qui gronde
A la nuit des temps
Au soleil luisant
Et aux crapauds


Jacques Herman
2009

09:31 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/10/2009

De la corniche de la tour

Tu montes au sommet de la tour
Tu enjambe la balustrade
Et comme un funambule
Sans balancier
Tu tends les bras
Et tu avances
Pas à pas
Dans la corniche

Tu sais bien qu'elle cédera
Mais tu ignores
L'endroit précis
D'où tu partiras
Tête baissée
Dans le décor

Un craquement surgit
Tu trembles un peu
Tu te dis
Ma dernière heure
Est venue
Mais tu te trompes

Encore un pas
La corniche craque
Cette fois
Et tu tombes comme un oiseau blessé
Dont on aurait brisé les ailes


Jacques Herman
2009

17:52 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

11/10/2009

Inaperçu

Le train vient de partir
Sans moi
Il a fait mine
De m'ignorer

Pourtant sur le quai
Je ne passais pas
Vraiment inaperçu
Avec mon tutu
Mes palmes et mon tuba
Ma contre-basse rose
Et mon chihuahua

J'attends à présent
Patiemment
Le train suivant

Tout le monde
Autour de moi
S'en fout
Mais il ne faudrait pas
Qu'on me refasse
Deux fois
Le même coup


Jacques Herman
2009

17:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/10/2009

De partout

Les esprits malins
Surgissent de partout

Des fissures nouvelles
Dans le plafond

De la tapisserie rose bonbon
Qui se décolle des murs

Des armoires entrouvertes
Qui sentent le cuir moisi

Des fenêtres qu'on a
Oublié de fermer
Alors que la neige
S'est mise à tomber

De l'interstice qui
Sépare la porte
Du parquet

De la cheminée pourtant
Récemment ramonée

Du corps en chêne
Du vieux morbier

De la bouche en cul de poule
De l'ancêtre inconnu
Dans son grand cadre ovale
Poussiéreux
Mouluré

Dehors c'est pareil
On les voit courir
Dans le jardin
Grimper aux arbres
Minauder
Mimer des jeux
De faunes en rut
Et de nymphes lascives


Jacques Herman
2009

17:48 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/10/2009

Urne funéraire

La nuit sur la colline

Pour d’obscures raisons

Des mains inconnues

Plantent des croix

Qui s’effacent au lever du jour

Comme des traits de crayon

 

Quand à l’horizon

La brume bleuit

Ce sont aussi ces mains qui brûlent

La paille du lit

De la rivière

 

Elles emportent les cendres

Dans une urne funéraire

Qu’elles déposent à la gare

Quai deux voie trois

Où jamais aucun train

N’arrive

Ni ne part

 

 

Jacques Herman

2009

12:09 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/10/2009

Compassion

Sa peine est immense
Quand au bord de son lit
Un médecin lui dit
Qu'il n'y a plus d'issue
Quelques mois tout au plus
A souffrir ici-bas

Il supplie qu'on l'achève
Sur l'heure
Mais personne ne répond
L'un regarde le ciel
L'autre le bout
De ses doigts

Et moi-même je crois
Qu'on m'appelle ailleurs


Jacques Herman
2009

12:56 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)