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16/06/2009

Lanterne

La lanterne qui brille

Au-dessus de la mer

N’est qu’un réverbère

Géant

Un marin retraité

L’allume le soir

Et le matin l’éteint

Elle n’éclaire à

Parler franc

Que très faiblement

La surface de l’eau

Elle ne sert à rien

Rien

Rien

C’est d’autant  plus beau

Jacques Herman

2009

09:48 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

15/06/2009

Regrettable impair

Les nuages à l’horizon

S’effilochent

S’effilochent

Comme le bas du linceul

De la grande faucheuse

Qui coupe à ras le gazon

La mort ici rôde partout

Les heures apeurées

Prennent souvent

Leurs jambes à leur cou

Et les ailes du moulin

Tournent

Tournent

Au gré du vent

Le sable

Coule

Coule

Dans le sablier

Je ne demande cependant

Rien de plus

Rien de plus

Que l’arrêt des aiguilles 

Sur tous les cadrans 

On me regarde de travers

J’ai dû commettre 

Un regrettable impair

Sans m’en être aperçu

Jacques Herman

2009

15:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

14/06/2009

Amours monnayables

Chacune des marches

Du vieil escalier

Craque sous le poids

Des amours monnayables

C’est le signe

De la vénalité

Qui monte et descend

Dans la pénombre malodorante

Des couloirs du désir

Des clients de passage

Tout a son prix

En ces lieux 

De son mur délabré

Du deuxième étage

L’horloge indifférente 

Rappelle 

Aux oreilles attentives

Que le temps

C’est aussi

De l’argent

Jacques Herman

2009

23:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

13/06/2009

Quelque chose d'indéfinissable

Vous a-t-on jamais dit

Que vous ressembliez

A la petite fille

De la photographie

Qui tient 

Dans les mains 

Un crâne

Et deux tibias

A l’âge où l’on joue

Plus volontiers

A la marelle

Au cerceau

A la poupée

Quelque chose 

D’indéfinissable en vous

Semble vous rapprocher d’elle

Un corbeau vient se poser

Sur le bord de la fenêtre

On dirait qu’il ricane

Le ciel me paraît 

Plus lourd qu’à l’ordinaire

Le soir tombe prématurément

Dans la maison voisine

On vient d’allumer la lumière

Jacques Herman

2009

20:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/06/2009

Ouvrir la fenêtre

Loin de tout

Loin de moi-même

Loin du monde

Mais près de vous

Il n’est pas si difficile

Après tout

De vous parler

De vous entendre

D’imaginer le goût

De votre fièvre

Et les couleurs

De vos pensées

Il me suffit pour cela

D’ouvrir la fenêtre

Quand vous entrebâillerez

L’une des vôtres

Un jour peut-être

Qui sait

Qui sait

Un jour peut-être

Pourrai-je me pendre

A la pâleur

De votre cou

Jacques Herman

2009

13:02 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

11/06/2009

Un parfum qui te ressemble

Sur la table une nappe

Dans les jaunes orangés

Sur la nappe des assiettes

Des couverts

Deux tranches de pain

Une poire et

Quelques raisins

Un verre à moitié plein

De vin de pays

Sur la chaise un journal

Défraîchi

Qu’on a lu sans doute

D’un oeil distrait

Près de la porte sur un guéridon

Une bougie allumée

Deux flacons 

Quelques pièces de monnaie

Et dans l’air une fragrance

Elégante et légère

Comme ce parfum 

Que tu portais naguère

Avant de nous quitter

Jacques Herman

2009

19:01 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

10/06/2009

L'heure passe

L’heure passe
S’arrête
Repart
Hésite un instant
Revient sur ses pas
Se gratte le cadran
Du bout du doigt
On dirait bien
Qu’elle s’interroge

Elle me paraît
Un peu fiévreuse
Un brin tremblante
Mal assurée

Mystère du temps
Question sans réponse
Pensée frémissante
Rêve éveillé


Jacques Herman
2009

14:56 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/06/2009

Un peintre du dimanche

Couleurs de peau
Couleurs du temps
Couleurs de l’arc-en-ciel
Qui nous lierait à Dieu
En suspens
Dans le vide quelque part
Au-dessus de nous

Couleurs d’un jour d’été
Couleurs affadies des soirées automnales
Qui raccourcissent
Ma bonne dame c’est effrayant
Comme le temps passe

Couleurs des naufrages
Des trous dans l’océan
Des distorsions de l’espace
Couleurs des naufragés
Dont les corps abîmés
Feront probablement
L’objet d’une autopsie

Bien qu’en milieu de semaine
Un peintre du dimanche
Installe son chevalet
Son petit tabouret
Sort deus couteaux
Trois pinceaux
Ouvre une boîte vide
Qu’on aurait cru pleine
Puis du bras
Droit qu’il tend
Prend des mesures
Et sourit bêtement


Jacques Herman
2009

14:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/06/2009

Ne pas

Ne pas résister
A l’appel des sirènes

Ne pas tirer sur l’ambulance
Non plus

Ne pas tuer le temps
Sans disposer des moyens nécessaires

Ne pas signer de pacte
Devant notaire
Avec le diable dont les griffes
Se plantent profondément
Dans la chair déjà si faible
Par nature

Ne pas confondre
Les rochers de Mémise
Et le casque de Bérée
Ni Vincent Voiture
Et Honoré d’Urfé
Ni Sully Prudhomme
Et François Coppée
Ni la bise
Et le vent
Ni le Lac de Genève
Et le Lac Léman

Ne pas avaler
Les couleuvres quand
Bien même on les servirait
Sur un plateau d’argent

Ne pas plonger ses yeux
Dans les yeux embués
Des saints étêtés
Du martyrologe

Ne pas uriner
Contre le pied
Des lampadaires
A l’instar de ce chien
En mal de lumière

Ne pas convoler
En justes noces
Si les injustes
Sont à notre portée

Ne pas chercher midi
A quatorze heures trente-deux
Qui est l’heure du départ
Du train bleu
Quai dix-huit

Ne pas chercher noise
A la bonne du curé

Ne pas s’appuyer
Contre la balustrade
De crainte qu’elle ne se brise

Ne pas trembler comme une feuille
Ne pas cracher dans la soupe
Ne pas se mouiller
Surtout ne pas se mouiller
Sous peine d’être jeté
Au ban de la société
Bien pensante
Bien pensante


Jacques Herman
2009

14:54 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

07/06/2009

Cristaux

Tu sais que quand il neige en moi
Je crains que ma peau
Ne se couvre d’une fine
Pellicule de froid
Comme une sorte de verglas
Et j’imagine
Sur mes joues
Des patineurs
Et des skieurs de fond
Qui s’en donnent à coeur joie

Je me gifle alors violemment
Des cristaux se détachent
Et deviennent autant
D’étoiles éphémères
Qui scintillent dans la lumière
Et qui meurent en fondant


Jacques Herman
2009

14:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)