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30/12/2008

La complainte du fissuré

Je tiens entre les mains

Le fruit de tes passions

C'est une ampoule verte

Qui pendait au plafond

Et te couvrait d'un fard

Lugubre et blafard

 

On murmure dans mon dos

Pauvre con

Pauvre con

Je me tais

Je me tais

Les cuistres et les jobards

Ne se trompent jamais

Pour avoir la paix

On leur donne raison

 

Je presse le pas

D'habitude très lent

Soudain je me surprends

A crier

Au voleur

Au voleur

Le garde-champêtre

Sous mes yeux ébahis

Vient de chiper l'heure

Au cadran de l'église

 

Il est près de midi

Je m'arrête devant

Le café de Lucien

La terrasse est bondée

Les buveurs attablés

M'observent comme

Une curiosité

Un bipède humain

Sans doute un peu fêlé

Certains me prennent

A l'évidence

Pour une bête malsaine

 

Ils préféreraient

Me voir les talons

Ou pouvoir m'effacer

Comme un dessin au crayon

D'autres aimeraient

Me savoir noyé

Au fond de la Seine

 

Un client me désigne

Auprès des autres disant

C'est le Fissuré

C'est le Fissuré

Je souris

Mais mon âme a de la peine

Quand ils clament en choeur

Enchanté

Enchanté

 

 

Jacques Herman

2008

11:51 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

29/12/2008

Croque

Croque

Croque-mort

Croque-monsieur

Croque-mitaine

Croque

A belles dents

Croque mes doutes

Mes angoisses

Et mes peines

 

Croque-note

Do ré mi fa sol la si

Croque l'oie

Qui s'enfuit

Parce qu'elle a compris

Ce qui risque de

Lui arriver

 

Que le grand crique

La croque

Tant pis pour le fermier

Dans le ciel on voit
Le volatile

Qui file

Vers la liberté

 

Mais la rose que

Je t'ai offerte

Est fanée

Et le silence

Qui a repris ses droits

Vient s'imposer

De lui-même

Une nouvelle fois

 

 

Jacques Herman

2008

09:33 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

28/12/2008

Armée silencieuse

La cour de la ferme

Embaume la fragrance

Chaude du fumier

Marie se frotte la panse

Et prépare le café

 

C'est bientôt l'heure

Où le paysan va rentrer

Il met en marche le tracteur

Le char est plein de foin

On dirait bien

Qu'il va déborder

 

Mais le chemin de terre

Soudain poudroie

Dans la poussière

On voit

Une armée de soldats

Figés et rutilants

Qui brillent au soleil couchant

 

Ils ne bougent pas

Comme s'ils étaient vissés au sol

Ancrés

Enracinés à l'instar

Des peupliers

Le long du ruisseau

 

C'est une armée silencieuse

Immobile

Qui semble surgie

D'un siècle passé

Le drapeau même ne flotte pas

Malgré le vent

 

Le paysan fait demi-tour

Rentre chez lui

Par un détour

Plus rassurant

 

 

Jacques Herman

2008

 

23:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/12/2008

Dehors on entend

On croit qu'il griffonne

De fait il dessine

Minutieusement une couronne

Sur un carton fort

 

Il saisit des ciseaux

Découpe la forme

Et la posant sur son front fier

Se proclame empereur

 

Autour de lui

Les mouches en demi-cercle

Battent des ailes

Pour l'applaudir

Dans sa cage le canari

Chante à tue-tête

C'est la fête

C'est la fête

 

Dehors on entend

La cloche du marchand

De glaces qui cherche

A vendre sa vanille

Sa pistache

Sa framboise

Son fils et ses deux filles

 

 

Jacques Herman

2008

09:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

26/12/2008

Grains de temps

J'ai rempli de grains de temps

Un ancien pot de confiture

Et dans l'ombre j'attends

Qu'en surgisse une image

Un fantôme

Un relent du passé

Un signe du futur

 

L'heure tourne

Sur le cadran

Mais les grains dans le pot

Demeurent

 

Une fille surgie

D'un tableau de Balthus

Passe à côté de moi

Sourit vaguement

Ne manifeste

Aucun étonnement

 

Devrais-je fermer le bocal

L'étiqueter

Ajouter sur le couvercle

Attention danger

 

Le soir commence à tomber

J'ai l'intention d'allumer

La lampe à pétrole

J'hésite

Je renonce finalement

Je m'en vais

Grains de temps

Je vous quitte

Ni contraint

Ni forcé

 

 

Jacques Herman

2008

 

 

16:33 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

25/12/2008

La brocanteuse

Chez un brocanteur

J'ai trouvé dans un coin

D'une pièce désaffectée

Une malle énorme

En bois peint

Mais décoloré

A ras bord bourrée

De cris stridents

 

Je l'ouvris sans hésiter

La brocanteuse

Etait dedans

 

J'ignore encore

A l'heure qu'il est

S'il elle s'y trouvait

Contre son gré

 

 

Jacques Herman

2008

 

13:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

24/12/2008

Le chat et le crucifix

Ecrasé sous les roues

D'un long camion bleu

Le chat d'Irène fut aplati

Comme une crêpe

Qu'un gamin facétieux

Qui débordait d'ennui

Ramassa

Fit sécher

Pendant trois jours

Puis suspendit

Au-dessus de la porte

D'entrée du couvent

A la place du crucifix

Qu'il empocha

Puis posa sur la route

A la place du chat

 

 

Jacques Herman

2008

13:32 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

23/12/2008

Têtard

J'ai perdu des morceaux

De ce que tu fus

Et puisque tu n'es plus

Toute entière

Je me vois contraint

De rebrousser chemin

 

Un jour pourtant

Comme naguère

Je crois que tu resurgiras

Dans les replis brumeux du ciel

Ou dans les vagues de la mer

Nue comme un ver

Jeune et belle

Comme une étoile

Nouvelle

Au firmament

 

Dans l'autobus

Toujours en retard

Sur l'horaire

Une femme âgée

M'observe alors que j'écris

Elle me sourit

Elle ressemble à un têtard

 

 

Jacques Herman

2008

 

12:43 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

22/12/2008

Construire un nid

Dans les entrebâillements

Jaunes et gris d’un ciel d’orage

Tu as voulu construire un nid

Avec des feuilles et des branchages

Mais il n’a pas tenu au vent

 

La pluie ce soir-là ne cessait de tomber

Comme si Dieu s’était mis à vider

Le ciel à grands seaux

 

Je me suis assoupi

Par l’écoulement de l’eau

Sur la grande verrière

 

A mon réveil

J’ai remarqué

Que la pendule

S’était arrêtée

Au milieu de la nuit

 

Le cadran

En émail blanc jauni

Etait maculé de sang

 

 

Jacques Herman

2008

 

18:11 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

21/12/2008

Invasion

Les mouches sans répit

Envahissent mon crâne

Elles y entrent par

Les nombreuses fêlures

Et n’en sortent jamais

 

Elles y tournoient

Se posent parfois

Sur les parois

Reprennent leur envol

Vrombissent

Se posent à nouveau

Et finissent

Ecrasées de douleur

Par y périr

Y pouririr

Y subir le sort

Ordinaire des morts

 

 

Jacques Herman

2008

14:27 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)