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13/11/2008

Marins

Marins aventuriers
Grands conquérants du monde
A chaque escale vous piquez
Un coeur à prendre mais jamais
Vous ne l’emportez

Il ne vous reste du port
Que des souvenirs épars
Dont les plus familiers
Se gonfleront à bord
De vos gros vaisseaux par
La seule grâce du vent

Et de temps en temps
Pour éclairer vos nuits sombres
En traînant sur le pont
Vous reconstituez
Les profils de vos belles
Et vous voyez souvent des ombres
Ou des lèvres qui vous appellent
Mais vous ne retenez
Jamais les noms


Jacques Herman - 2008

06:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/11/2008

Ville d'enfance

Revenu dans
La ville de mon enfance
Je m’étonne
De n’y reconnaître
Ni rien
Ni personne

Ils ont tout démoli
Abattu les maisons
Déraciné les arbres
Modifié les cours d’eau
Détruit le grand pont

C’est ici que je suis né
La maison a disparu
Comme celles d’en face
Et les autres à côté

Un vieillard
Parkinsonien
Me montre les lieux
En tremblant des deux mains
Et répète à l’envi
C’est affreux
C’est affreux

Une femme âgée
Sort du bloc B
Secteur deux
Cinquième section
Elle m’épie
Me scrute
Me radiographie

Peut-être une amie
D’enfance me dis-je
Ou ma jolie voisine
Maltraitée par le temps
Et qui ressemble
A s’y méprendre
A un arc-boutant

Je l’imagine nue
Quand nous avions quinze ans
Dans les forêts moussues
Des décors improbables
De nos fantasmes d’adolescents

Mais voilà que la pluie
Se met de la partie
Sale temps



Jacques Herman - 2008

09:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

11/11/2008

L'ombre des montagnes

C’est l’ombre
Epaisse
Dense
Et consolante
Des montagnes
Qui plane dans ton coeur
Et s’en vient resplendir
Quand ta raison nourrit
Tes doutes
Tes peurs
Et le féroce démon
Né du mitan des nuits

Mais parfois
Sans prévenir
La montagne
En toi se déchire
Et l’ombre s’éclaircit

Alors l’espoir
Grièvement blessé
Cruellement atteint
Sur la pointe des pieds
Se retire
Se retire


Jacques Herman - 2008

14:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/11/2008

Une fleur sauvage

On aurait dit de loin
Une fleur sauvage
Née du mariage
Etrange
Incongru
De la poussière et de la pluie

Surprise
Etonnement
Rumeurs
Quelques cris
Lorsqu’en s’approchant
On s’aperçut
Qu’il s’agissait d’une main
Du cadavre à demi nu
D’une belle de nuit


Jacques Herman - 2008

13:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/11/2008

L'organiste

L'organiste aux doigts gourds
S'assied précautionneusement
Caresse son banc
Jette un œil sur le passé qui sourd
Des piliers de la nef
Et de la voûte sombre
Aux étoiles ternies

Mais le présent se rappelle à lui
Il sait qu’en bas
On l'observe
On l'épie

Et de fait on s’interroge
Le temps passe
Le temps passe
Que ne commence-t-il donc à jouer
Selon la liturgie

Le cadavre dans son cercueil
Le bedeau
Le curé
La poignée de fidèles
Venus s’acquitter
D’un ultime devoir
S'énervent
S'énervent

L’organiste alors entame
Une valse musette
Entraînante
Légère
Irisée comme une bulle de savon

C’est la fête
C’est la fête


Jacques Herman - 2008

12:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/11/2008

Asile poétique

Humblement sur les rotules
Je m’incline devant vous
Je viens solliciter
De votre autorité
L’asile poétique

Ridicule
Dites-vous
Ridicule

Que non pas
Que non pas
Sachez que
Je suis né
En Belgique


Jacques Herman - 2008

10:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

07/11/2008

Au bout de la jetée

L’inconnue ne m’était pas
Indifférente
Sans doute par
Sa singularité

N’est-il pas rare
Qu’une femme nue
De la tête aux pieds
Boive une bière
Les jambes croisées
Assise sur
La tabouret d’un bar

Une lumière
Vaguement orangée
L’auréolait
Du halo d’un soupir

Elle porta son regard
Sur moi comme si
Elle avait voulu dire
Je ne suis pas celle
Que vous croyez

J’ai refermé le livre
De Mahmoud Darwich
Et remis dans ses plis
Mon journal
J’ai payé mon café
Puis j’ai plongé
Dans la brume automnale
Et j’ai rejoint le phare
Au bout de la jetée


Jacques Herman - 2008

15:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

06/11/2008

Infarctus

Le rideau vient de tomber
Lourdement sur sa vie
Il murmure
C’est à peine audible
J’ai le souffle coupé
J’ai le souffle coupé
Puis il meurt
Comme étouffé

Une femme âgée
Crie
Au secours
Au secours
Mais le monde
Semble devenu sourd

Au bord d’une fenêtre
Au second étage
De la boucherie
Un pigeon pose une fiente
Un autre roucoule
Il est six heures et demie


Jacques Herman - 2008

10:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

05/11/2008

Soixante ans

Des coups d’assommoir
Viennent encore pleuvoir
Sur la face déjà bleuie
Mutilée
Endolorie du temps
Qui n’aspirait
Qu’à dormir
A se reposer
A se mettre à l’écart
Des douleurs quotidiennes

Maintenant
C’est prouvé
Le temps malmené
Confond l’avance et le retard
On l’a détraqué
On l’a détraqué

Ma rose a perdu
Ce matin ses pétales
Bien plus tôt que prévu
Bien plus tôt que prévu

Il est dix heures à peine
A la montre gousset
Reçue au décès
De mon grand-père
Qui gît à
Six pieds sous terre
Depuis soixante ans déjà
Mais à l’entrée de la gare
L’horloge indique
Deux heures moins le quart

Le temps panique
Le temps panique

Quand je demande
Poliment
L’heure qu’il est
A des passants
Curieusement
Ils me répondent
Il est trop tard
Il est trop tard


Jacques Herman - 2008

12:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

04/11/2008

Sentiers poussiéreux

Nous avons choisi
A moins qu’on nous les ait imposés
Des chemins longs
Pleins de sinuosités
Et de détours improbables

Toujours bordés
De buissons épineux
Qui coupent la vue
Les sentiers nous sont
Devenus intolérables

Nous périrons noyés
Dans une trou poussiéreux
Qu’une main de nous
Sans doute inconnue
Remplira d’une eau
Gluante
Puante
Fangeuse d’égout


Jacques Herman - 2008

11:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)