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09/11/2008

L'organiste

L'organiste aux doigts gourds
S'assied précautionneusement
Caresse son banc
Jette un œil sur le passé qui sourd
Des piliers de la nef
Et de la voûte sombre
Aux étoiles ternies

Mais le présent se rappelle à lui
Il sait qu’en bas
On l'observe
On l'épie

Et de fait on s’interroge
Le temps passe
Le temps passe
Que ne commence-t-il donc à jouer
Selon la liturgie

Le cadavre dans son cercueil
Le bedeau
Le curé
La poignée de fidèles
Venus s’acquitter
D’un ultime devoir
S'énervent
S'énervent

L’organiste alors entame
Une valse musette
Entraînante
Légère
Irisée comme une bulle de savon

C’est la fête
C’est la fête


Jacques Herman - 2008

12:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/11/2008

Asile poétique

Humblement sur les rotules
Je m’incline devant vous
Je viens solliciter
De votre autorité
L’asile poétique

Ridicule
Dites-vous
Ridicule

Que non pas
Que non pas
Sachez que
Je suis né
En Belgique


Jacques Herman - 2008

10:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

07/11/2008

Au bout de la jetée

L’inconnue ne m’était pas
Indifférente
Sans doute par
Sa singularité

N’est-il pas rare
Qu’une femme nue
De la tête aux pieds
Boive une bière
Les jambes croisées
Assise sur
La tabouret d’un bar

Une lumière
Vaguement orangée
L’auréolait
Du halo d’un soupir

Elle porta son regard
Sur moi comme si
Elle avait voulu dire
Je ne suis pas celle
Que vous croyez

J’ai refermé le livre
De Mahmoud Darwich
Et remis dans ses plis
Mon journal
J’ai payé mon café
Puis j’ai plongé
Dans la brume automnale
Et j’ai rejoint le phare
Au bout de la jetée


Jacques Herman - 2008

15:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

06/11/2008

Infarctus

Le rideau vient de tomber
Lourdement sur sa vie
Il murmure
C’est à peine audible
J’ai le souffle coupé
J’ai le souffle coupé
Puis il meurt
Comme étouffé

Une femme âgée
Crie
Au secours
Au secours
Mais le monde
Semble devenu sourd

Au bord d’une fenêtre
Au second étage
De la boucherie
Un pigeon pose une fiente
Un autre roucoule
Il est six heures et demie


Jacques Herman - 2008

10:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

05/11/2008

Soixante ans

Des coups d’assommoir
Viennent encore pleuvoir
Sur la face déjà bleuie
Mutilée
Endolorie du temps
Qui n’aspirait
Qu’à dormir
A se reposer
A se mettre à l’écart
Des douleurs quotidiennes

Maintenant
C’est prouvé
Le temps malmené
Confond l’avance et le retard
On l’a détraqué
On l’a détraqué

Ma rose a perdu
Ce matin ses pétales
Bien plus tôt que prévu
Bien plus tôt que prévu

Il est dix heures à peine
A la montre gousset
Reçue au décès
De mon grand-père
Qui gît à
Six pieds sous terre
Depuis soixante ans déjà
Mais à l’entrée de la gare
L’horloge indique
Deux heures moins le quart

Le temps panique
Le temps panique

Quand je demande
Poliment
L’heure qu’il est
A des passants
Curieusement
Ils me répondent
Il est trop tard
Il est trop tard


Jacques Herman - 2008

12:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

04/11/2008

Sentiers poussiéreux

Nous avons choisi
A moins qu’on nous les ait imposés
Des chemins longs
Pleins de sinuosités
Et de détours improbables

Toujours bordés
De buissons épineux
Qui coupent la vue
Les sentiers nous sont
Devenus intolérables

Nous périrons noyés
Dans une trou poussiéreux
Qu’une main de nous
Sans doute inconnue
Remplira d’une eau
Gluante
Puante
Fangeuse d’égout


Jacques Herman - 2008

11:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

03/11/2008

Au voleur

Au voleur au voleur
Il m’a coupé les ailes
S’écria l’ange
En courant dans les rues
Dévastées par la guerre

D’une fenêtre ouverte
Un vieillard cacochyme
Egrotant
Valétudinaire
Le teint cadavérique
Mais la face rieuse
Le suit du regard

Pitoyable
Pathétique
L’ange trébuche
Sur la racine
Du dernier rouvre
Du boulevard

Une gamine issue
Du siècle passé
Joue avec un cerceau
Carré

Il est près de deux heures
A l’horloge du clocher
C’est l’heure creuse
Que personne jamais
N’a tenté de remplir
Une miette du temps
Triste à mourir


Jacques Herman - 2008

11:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

02/11/2008

Parfums de jeunesse

La ville fut détruite
Par un bombardement
Il ne reste de nous
Qu’un petit nuage
A deux sous
Qui plane par intermittence
Et aléatoirement
Sur les vestiges d’amour
De notre adolescence

Il flotte encore ici
A la faveur des vents
Des parfums de jeunesse

Dans un miroir brisé
Je m’aperçois trinquant
A ma propre santé
Quelle déchéance

Il faut que j’oublie
Et que je m’empresse
De m’évaporer


Jacques Herman - 2008

08:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

01/11/2008

Sans bagage

Quand nous nous en irons
Nous n’aurons
Rien en poche
Pire
Nous n’aurons pas de poche
Du reste
A quoi pourrait-elle servir

A ce que l’on dit
Nous emporterons
Nos secrets dans la tombe
La belle affaire
Mais où diable
Les cacherons-nous
Quand nous serons sous terre

Allons donc
Allons donc
Vos propos me consternent
Et j’enrage

Lorsque nous vous quitterons
Nous serons tout légers
Tout légers
Sans le moindre bagage


Jacques Herman - 2008

08:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

31/10/2008

Arbre muet

On raconte que l’arbre
Juché au sommet
De la colline
Au grand jamais
Ne pipe mot

Un arbre silencieux
Pour tout dire muet
Quelle étrange chose

Et pourtant
La rumeur se répand
Il suffirait de peu
Pour que l’on ose
Finalement
Créditer le ragot


Jacques Herman - 2008

12:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)