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21/09/2008

Drôle de monde

J’ai vu bien des vivants

Qui se mettaient en marche

Puis à courir si vite

Qu’aucun mort jamais

N’aurait pu les rattraper

 

Ila finissaient souvent

Par se cacher

Derrière des buissons

Comme le font des enfants

Par des adultes surpris

En n’importe quel

Flagrant délit J’ai vu bien des morts

Pas trop mal conservés

Qui cherchaient à voler

Le secret de la vie

A ceux que Dieu

Dans sa miséricorde

Attendait encore

En tapant du pied

Par nervosité

Avant de les ramener

Définitivement à Lui

J’au vu des morts-vivants

Qui erraient entre les tombes

D’un cimetière que

L’on songe à désaffecter

Et qui semblaient

A propos de la vie

A propos de la mort

N’être pas bien fixés

Drôle de monde

Me dis-je

Où personne vraiment

N’est jamais satisfait

Ni même remboursé

Jacques Herman - 2008

15:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

A la santé de Mnémosyne

Son verre est plein
De l’air du temps
Jusqu’à ras bord

Il le considère
Gravement
Puis doucement
S’en saisit
Et le porte à ses narines

Visiblement ému
Il hume le contenu
Puis le boit à gorgées lentes
A la santé de Mnémosyne

Les distances
Aussitôt se contractent
Et la mémoire de ses cendres renaît
C’est bien ici qu’à parler franc
Pour dire vrai
S’amorce le dernier acte

Il se saoule de son passé
Il est temps que je m’en aille
Et je m’en vais


Jacques Herman - 2008

13:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/09/2008

L'eau de mer

Les dieux de l’océan

Depuis l’aube des temps

Ordonnent le monde

Aquatique

Selon leurs plans

Les poissons

Les oiseaux

Les algues

Les coraux

Sans geindre

Obtempèrent

Aux ordres d’en haut

Sans récriminer

Les mouettes toujours

Consentent à pleurer

C’est pourquoi

L’eau de mer

Est salée

Jacques Herman - 2008

12:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/09/2008

Verres colorés

Vos yeux semblent ne
Plus pouvoir regarder
Qu'au travers de besicles
Aux verres colorés
Qui font voir orangé
Le rouge parce qu'ils sont jaunes
Et vert le bleu

Brodeurs de contes fallacieux
Philosophes de salon
Vos décors cachent la face
Vraie du monde

Et quand le jour immonde
A suffoqué
Sous les coups de butoir
De la nuit
Et que tout semble consommé
Vos rêves alors
En descendant du ciel
De votre lit complice
Comme un lait de nourrice
Viennent vous gaver
D'illusions nouvelles


Jacques Herman - 2006

07:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

17/09/2008

Tu gambadais

Il en a coulé
De l’eau sous les
Ponts de la Meuse
De quoi sans doute
Inonder les villes
Et les champs où heureuse
Tu gambadais

A l’ombre des meules
Un brin ridicules
Souvent nous cachions
Le coeur battant
Des particules
D’infimes fragments
Que nous avions volés
Au temps qui passe
Inexorablement

En ce moment précis
Des images flottantes
Aux contours indécis
Comme des empreintes pâlies
Comme l’ombre des traces
Des jours anciens
Me reviennent à l’esprit


Jacques Herman - 2008

17:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/09/2008

Alouette

L’alouette en plein vol
Momentanément troublée
Se mit à hésiter
Tournoya
Tournoya
Quelqu’un
Tout en bas
L’aurait donc appelée
Peut-être mais
Ce n’était pas moi

Elle contracta ses ailes
Contre son corps
Et tomba
Comme une pierre
Qui dévale
Le long d’une paroi

J’avais l’âme en peine
Je suis seul je crois
A l’avoir aperçue
Qui dégringolait

Son corps a rebondi
Au moment de l’impact
Contre le pied d’un chêne


Jacques Herman - 2008

16:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

14/09/2008

Marche à l'ombre

Au pays des aveugles

Les borgnes sont rois

Me dis-tu tandis

Que je file doux

Comme glissent les doigts

Sur un drap de velours

Tu me répètes

A l’envi

Marche à l’ombre

Marche à l’ombre

Mais je ne réponds pas

Je poursuis

C’est au pays des amours

Que les aveugles prennent

Leur ultime revanche

Un humble papillon

Est bien assez lourd

Pour y mettre à mort

D’un simple coup d’ailes

La logique implacable

Et  la raison fidèle

Mais tu reprends ta ritournelle

Marche à l’ombre

Marche à l’ombre

Quand donc te tairas-tu

Le soleil m’éblouit

Je sue

Je sue

Je cherche un abri

A la chaleur intense

Des brûlants  rayons

Du soleil d’été

Je tente de raser

Les murs des maisons

Qui bordent  l’avenue

Et depuis ta fenêtre

Ouverte sur le monde

Tu ne cesses de répéter

Marche à l’ombre

Marche à l’ombre

Gare à la dislocation

Ou la dissolution de l’être

Eh bien c’est entendu

Que l’on m’offre donc

Au bout de la rue

L’évidente efficacité

De la fraîcheur d’une forêt sombre

Et de milliers de glaçons

Ou de cette froidure

Mordante du vent d’hiver

Qui pénètre la chair

Et qui donne des frissons

Jacques Herman - 2008

16:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/09/2008

Pèlerin

Le bâton s'enfonce un peu

Dans la neige durcie

Il marche lentement

Epuisé selon

Toute vraisemblance

On dit qu'il prie

Ou qu'il médite

Où est la différence

L'essentiel à ses yeux

En cette aube nouvelle

Est d'entendre l'appel

Qui lui vient d'au-delà

Des montagnes

Et peut-être du ciel

Le pèlerin croit que Dieu

Lui montre un chemin

Qui l'élève au-dessus

De la foule ordinaire

Que l'on ne m'en veuille

Si je lui préfère

Le bipède humain

Ancré dans la terre

Et qui n'est pas

Bouffi d'orgueil

Jacques Herman - 2008

10:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/09/2008

Désopilant

Ma chandelle est morte
D’un rhume mal placé
Alors que j’étais
En quête d’un feu
Que je voulais éternel
Comme entretenu
Par des vestales nues
Tirant de la cendre
Des flammes nouvelles

Ma chandelle est morte
C’est affligeant
J’ai posé sur la porte
Ces mots en violet
Sur un grand carton blanc
Fermé pour double décès
Puis je me suis pendu
C’est désopilant


Jacques Herman - 2008

23:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Fin de partie

Il pose une carte
La dernière du jeu
Sur la table
Et se lève et s’en va
Jeter dans le feu
Le contenu d’un cendrier
Puis il rote et revient
A la table tandis
Que ses voisins sont déjà partis
S’asseoir ailleurs

A-t-il gagné
A-t-il perdu
Il est bientôt trois heures
Il a perdu
C’est l’habitude

Par la fenêtre ouverte
Il perçoit vaguement
Des bruits de la rue
Il croit qu’on parle de lui
Erreur
On ne parle jamais du perdant

Il retourne à la table
Griffonne des mots
Sur un bout de papier blanc
Plie en deux la page
Minutieusement
Puis retourne à la fenêtre
Et se laisse tomber
Du neuvième étage



Jacques Herman 2008

10:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)