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14/09/2008

Marche à l'ombre

Au pays des aveugles

Les borgnes sont rois

Me dis-tu tandis

Que je file doux

Comme glissent les doigts

Sur un drap de velours

Tu me répètes

A l’envi

Marche à l’ombre

Marche à l’ombre

Mais je ne réponds pas

Je poursuis

C’est au pays des amours

Que les aveugles prennent

Leur ultime revanche

Un humble papillon

Est bien assez lourd

Pour y mettre à mort

D’un simple coup d’ailes

La logique implacable

Et  la raison fidèle

Mais tu reprends ta ritournelle

Marche à l’ombre

Marche à l’ombre

Quand donc te tairas-tu

Le soleil m’éblouit

Je sue

Je sue

Je cherche un abri

A la chaleur intense

Des brûlants  rayons

Du soleil d’été

Je tente de raser

Les murs des maisons

Qui bordent  l’avenue

Et depuis ta fenêtre

Ouverte sur le monde

Tu ne cesses de répéter

Marche à l’ombre

Marche à l’ombre

Gare à la dislocation

Ou la dissolution de l’être

Eh bien c’est entendu

Que l’on m’offre donc

Au bout de la rue

L’évidente efficacité

De la fraîcheur d’une forêt sombre

Et de milliers de glaçons

Ou de cette froidure

Mordante du vent d’hiver

Qui pénètre la chair

Et qui donne des frissons

Jacques Herman - 2008

16:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/09/2008

Pèlerin

Le bâton s'enfonce un peu

Dans la neige durcie

Il marche lentement

Epuisé selon

Toute vraisemblance

On dit qu'il prie

Ou qu'il médite

Où est la différence

L'essentiel à ses yeux

En cette aube nouvelle

Est d'entendre l'appel

Qui lui vient d'au-delà

Des montagnes

Et peut-être du ciel

Le pèlerin croit que Dieu

Lui montre un chemin

Qui l'élève au-dessus

De la foule ordinaire

Que l'on ne m'en veuille

Si je lui préfère

Le bipède humain

Ancré dans la terre

Et qui n'est pas

Bouffi d'orgueil

Jacques Herman - 2008

10:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/09/2008

Désopilant

Ma chandelle est morte
D’un rhume mal placé
Alors que j’étais
En quête d’un feu
Que je voulais éternel
Comme entretenu
Par des vestales nues
Tirant de la cendre
Des flammes nouvelles

Ma chandelle est morte
C’est affligeant
J’ai posé sur la porte
Ces mots en violet
Sur un grand carton blanc
Fermé pour double décès
Puis je me suis pendu
C’est désopilant


Jacques Herman - 2008

23:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Fin de partie

Il pose une carte
La dernière du jeu
Sur la table
Et se lève et s’en va
Jeter dans le feu
Le contenu d’un cendrier
Puis il rote et revient
A la table tandis
Que ses voisins sont déjà partis
S’asseoir ailleurs

A-t-il gagné
A-t-il perdu
Il est bientôt trois heures
Il a perdu
C’est l’habitude

Par la fenêtre ouverte
Il perçoit vaguement
Des bruits de la rue
Il croit qu’on parle de lui
Erreur
On ne parle jamais du perdant

Il retourne à la table
Griffonne des mots
Sur un bout de papier blanc
Plie en deux la page
Minutieusement
Puis retourne à la fenêtre
Et se laisse tomber
Du neuvième étage



Jacques Herman 2008

10:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/09/2008

Marmite

Rien à dire

Rien à déclarer

Je laisse mijoter

Les heures creuses

Dans le bouillon du temps

On y voit

En s’approchant un peu

Du bord de la marmite

Les grands songes vains des soirs d’été

Les images pleines de banalité

Quotidienne

Et des masses d’illusions

Qui camouflent les peines

Et qui noient les chagrins

On peut y jeter

Pourquoi le taire

Selon les goûts particuliers

Un assaisonnement

Savamment composé

De rêves lyophilisés

Que l’on aura mêlés

A des herbes amères

© Jacques Herman - 2008

19:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

07/09/2008

Accrochez-vous à moi

Il dit

Montez

Je dis

Le vent semble m’en empêcher

Il dit

Accrochez-vous à moi

 

Je dis

Ma confiance en vous

Est-elle bien placée

Et tandis que nos paroles

Planent comme des oiseaux

Des vérités que l’on attendait nues

S’avancent  vers nous vêtues

De la tête jusqu’aux pieds

Plus loin des soldats

En pagaille

Armés jusqu’aux dents

Noircissent l’horizon

Le ciel s’alourdit

De bruns et de verts profonds

Parcourus de veinules

Dans lesquelles circulent

De terribles poisons

Autre constatation

D’un gros nuage gris

Surgissent des chevaux

Munis de larges ailes

Qui ressemblent à celles

Des chauves-souris

Il dit

Montez 

Il répète

Montez

Je dis

Oui si vous insistez

Je suis en effet

Rempli pour moitié

De douce indifférence

Et mon absence

Ne se fera pas remarquer

Il dit

Mais vous tremblez

 

Je dis

Ce n’est qu’un léger frisson

Devant la pétrification

Du ciel et de la terre

Je ne reconnais plus

Les choses ordinaires

A tel point que d’aucuns

Murmurent que j’ai

Perdu la raison

© Jacques Herman - 2008

19:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

05/09/2008

Interrogatoire

Pleut-il
-Il pleut

Le vent souffle-t-il encore sur la plaine endolorie
-Un peu

A quoi pense-t-il
-A Dieu

Et ce bûcher
A quoi sert-il
-A l’incinérer

Mais il n’est pas mort
-Cela ne saurait tarder



Jacques Herman - 2008

11:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

03/09/2008

Lamento pour Belgrade

Entre deux pages d’un livre
De Milos Tsernianski
Dormait une fleur d’argent
Réveillée brutalement
Lorsqu’il m’advint d’ouvrir
Ce long Lamento
Pour Belgrade traduit
Par Slobodan Despot

La fleur aux cinq pétales
Pourquoi le taire
Comme un oiseau s’envola
Tournoya sur elle-même
Puis virevolta dans le salon
Sortit par la porte-fenêtre
Et rejoignit sur le balcon
Des fleurs très ordinaires

La nouvelle venue
Rayonnait de beauté
Resplendissante en sa nudité
Elle seule fut l’objet
Des convoitises
Des papillons



Jacques Herman - 2008

09:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

01/09/2008

Vos tétons

Belle marquise

Vos tétons

M’intrigueront toujours

Pour ne les avoir

Jamais tétés

Ni  même tâtés

Ni vus au grand jour

Je me borne à

Me les imaginer

A partir

A partir

D’un banal souvenir

De nichons en

Lumière tamisée

Tandis que je vieillis

Je vous entends me dire

Allez donc voir ailleurs

Si j’y suis

Je m’y rends de ce pas

Peu alerte des vieux

Plus près du trépas

Que des galipettes

Des jeunes années

Bercées d’amourettes

Tièdes ou torrides

Et riches toujours

De mille voluptés

J’ai les cheveux blancs

Les vôtres sont teintés

Mais vos seins débordants

N’ont pas pris une ride

Jacques Herman 2008

15:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

31/08/2008

Murs encollés

Les murs qu’on encolle

sont devenus sourds

par les couches d’affiches

qu’on y colle et décolle

depuis tant d’années

 

Leurs oreilles ont fini

par se boucher

 

Voilà pourquoi sans doute

on papote

on médit

on radote

impunément à leur pied

 

 

 

Jacques Herman - 2008

 

 

14:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)