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08/07/2008

Les esprits malins

Le long des murs
Ils serpentent
Dans le soleil à midi plein
Il arrive parfois
Qu'ils invitent des passants
A contempler le ciel
A compter les nuages
Et puis mine de rien
Comme des bêtes sauvages
Ils leur mordent les pieds
Les mollets
Les genoux
Tandis que le venin
Se répand dans les corps
Fatigués par le poids
De la douleur et
De la chaleur ardente

Les cadavres se ramassent
En fin de journée
La voirie les entasse
Puis s'en va les jeter
Dans une fosse commune
Où les corps en masse
Roulent sous un quartier de lune

Et la ville
S'endort
Tranquille
Tranquille



© Jacques Herman - 2008

12:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

06/07/2008

La nudité des choses

Deux verres côte-à-côte
En toute intimité
Entièrement vidés
S'observent en silence
Tandis que le vent
Vient de se lever
Et soulève la nappe
Au grand dam de la tablée
Quelle indécence

On s'épie du coin de l'œil
La gêne comme le sang circule
Sans crier gare
Et fait rougir les joues
Dans la demi-noirceur
Du soir

Il se fait tard
On a trop bu
On nage dans les eaux glauques
Des convenances ridicules

Un garçon dénudé
Apporte une bouteille
De rosé d'Anjou
Personne ne paraît
L'avoir remarqué
Sinon la vieille édentée
Qui clame mais en vain
Parce qu’elle ne peut plus guère
Que marmonner
Que les verres même vides
Sont bourrés d'innocence
Et qu'il n'est pas de table
Au monde qui manque
De décence

On n'a pas bien saisi
Dans l'assemblée ce qu'elle a dit
Mais la bougie sous son nez
Lui souligne les rides




© Jacques Herman - 2008

12:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

04/07/2008

C'est le présent qui file

Voilà le comptoir

Qui relie les deux bouts

De la terre

 

On y dépose des verres

A peine bus

Car le temps passe

 

On court

On court

On s’essouffle

On transpire

Puis on rejoint la masse

Grouillante des rues

 

C’est le présent qui file

Entre les doigts

Comme le jus

Du citron que l’on presse

Dans une tasse de thé

 

Vite

Vite

Plus vite encore

Ne perdons pas les places

Qui nous sont réservées

 

 

 

 

© Jacques Herman - 2008

 

 

 

 

10:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

03/07/2008

De pluie et de beau temps

A l’âge où l’on passe son temps

Calé dans un fauteuil roulant

Plus rien ne s’offre à soi

Que des heures pensives

Qui s’égrènent lentement

 

Les vieux  n’ont de prise

Que sur les vestiges

De leur passé

Tandis que le futur

Reste l’ombre indécise

Toujours vaguement grise

Ou faussement bleutée

 

Ils se tournent alors

Vers leurs petits-enfants

A quelques encablures

 Des heures dernières

Et la voix tremblotante

Pour ne pas leur sembler

Ni trop aigris

Ni trop amers

Ils ne parleront que

De pluie et de beau temps

 

 

 

© Jacques Herman - 2008

23:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

02/07/2008

Clouer le bec au temps

Dans l’ombre bleutée
Des peupliers de Hollande
A cette endroit précis
De leur longue rangée
Où nous avons conscience
De ne pas être vus
Nous enlaçons le temps
De nos bras vigoureux
Puis nous l’attachons
Dépouillé
Nu
A la naissance du soir
Contre l’un des grands troncs

Hormis les arbres
Le ciel et nous
Nul n’a rien remarqué

Nous lui clouons le bec
Avec un clou si long
Que l’arbre se met
Aussitôt à saigner

Il n’est rien plus beau
De plus jubilatoire
Que le temps crucifié


© Jacques Herman - 2008

12:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

01/07/2008

Mourir de rire

Laisse donc tourner le monde
Sur son axe favori
Dieu l'a dit-on
Sans doute
Toujours voulu ainsi

Laisse-le tourner à l'envi
Et dans ta main potelée saisis
Le bilboquet de mon enfance
Approche-toi du canal
Et chante avec moi
Qu'elle est belle la vie
Qu'elle est belle la vie

Entre la rangée
Des peupliers argentés
Communément dits de Hollande
Et les bâtiments sombres
De la raffinerie
Chante encore avec moi
Qu'elle est belle la vie
Qu'elle est belle la vie

Mais qu'ai-je donc au fond de mes poches
Que je triture entre mes doigts
C'est de la mort aux rats
Pour mourir de rire
Le jour où j’en
Crèverais d'envie




(c) Jacques Herman - 2008

16:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

30/06/2008

J'ai vu

J’ai vu dans le tramway

Des vaches qui broutaient

Entre les sièges où personne

N’aurait voulu s’asseoir

J’ai vu dans la bouse du soir

De superbes reflets

Irisés

A l’instar des corsets

Des mouches vrombissantes

J’ai vu dans le canal

Un corps qui flottait

Et la douleur ardente

D’un homme qui pleurait

Au milieu du pont tournant

J’ai vu dans les cours

Des maisons anciennes

A l’abri des persiennes

Des regards indiscrets

Toujours aux aguets

Du passage du temps

© Jacques Herman - 2008

18:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

29/06/2008

Narcisses

Ah me dis-tu
Qu’il me soit permis
D’éviter que mon nom
Si prestigieux
Ne côtoie
Ceux des moins que rien
J’en serais mon ami
Gravement malheureux
Grièvement blessé
Profondément atteint

Qu’on ne me mêle pas
Je te le demande
Je t’en prie instamment
Je t’en supplie
A la piétaille vulgaire
A la valetaille ordinaire
Je suis l’un des plus grands
Du monde littéraire
Depuis l’aube des temps

***

Prétentieux
Suffisants
Amoureux de vous-mêmes
Souffrez qu’en ces lignes
Je me rie de vous
C’est un pareil trépas
Qui vous unit à nous
Et les âges qui passent
Irrémédiablement effacent
Chacune de nos traces
Comme des poignées de sable
Emporté par le vent



© Jacques Herman - 2008

11:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

28/06/2008

Nommer des fleurs nouvelles

Je te donne des noms
De fleurs à inventer
Artificielles si tu le veux
Fleurs en tissu
Feurs en papier
Mais permets-moi
Ô jardinière bien aimée
De me trouver enclin
A leur préférer
Des senteurs naturelles

Un marchand de rêves
Me refuse le droit
De nommer l’âme des choses
Je t’offre donc ces mots
Dont tu baptiseras
Des tulipes nouvelles
Des jasmins à ce jour
Totalement inconnus
Et par-dessus tout des roses
Par-dessus tout des roses


© Jacques Herman - 2008

18:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/06/2008

Au fil de ma vie

Quand les Parques
Fileront
Dévideront
Couperont
Le fil de ma vie

Toujours aux aguets
Mes proches
L’embobineront

Souvenir plus gai
Que l’urne funéraire
Moins lourd aussi
Que le poids de la pierre

Et les vieilles tricoteuses
Mes tendres amies
A coup sûr l’emploieront

Il n’y a pas
De petites économies



© Jacques Herman - 2008

13:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)