Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

19/06/2008

Cour des miracles

Vous nous voyez perclus
Impotents
Avariés
Pourris
Moussus
Comme des huîtres crevées
Difformes
Boiteux
Lacérés
Balafrés
Au cours de
Rixes crapuleuses
Couverts de vermine
Chiens galeux
Mendiant quatre sous
Pour survivre alors même
Qu’on ne tient plus debout
Et que notre mal
Nous fut donné par Dieu
A l’instant même de notre naissance

Notre cour des miracles
Ressemble aussi parfois
A la nef des fous
Qui tente une émergence
Mais qui reste plantée
Au plus profond du trou
A cause du poids
De sa désespérance



© Jacques Herman - 2008

20:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/06/2008

Sur une chaise en fer

Sur une chaise en fer
Plus que centenaire
A ce que l’on dit
Il a pris aujourd’hui
La place d’un mort

Inconfortablement assis
Il observe le bout
De ses souliers crottés
Par la terre séchée
Au soleil du mois d’août

Et le front dans les mains
Il songe à sa peine
Immense
D’avoir toujours
Agi
En vain

Il se demande quand
Sonnera l’heure enfin
De la vraie délivrance


© Jacques Herman - 2008

13:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

17/06/2008

Descendre l'escalier

Impassible
Impavide
Indolent
Il descend
Lentement
L’escalier

Il ne court aucun risque
Sinon celui
D’un vice
De fabrication caché
Une écorchure
De la main
Qui se tient
A la rampe
Une glissade
Sur une pelure
Ou la chute due
A une crampe

A moins que plus pervers
Plus subtil
Moins couru
Il n’entende du ciel
Un appel divin
Venu le distraire

Dieu se mêle-t-il
De la descente d’un
Escalier ordinaire
Qui le sait

Doucement dans la pénombre
Il progresse terrifié
Tremblant comme
Une masse visqueuse
Prête à se liquéfier
Dans les méandres
Les plus sombres
Du cours de nos pensées



© Jacques Herman - 2008

13:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

15/06/2008

Il déborde le monde

Il déborde le monde
De trompettes de
La renommée
De cornes de brume
D’orgues de
Barbarie embourbés
Dans les ornières profondes
De notre vanité

Il déborde le monde
De mots détournés
De paroles perdues
Par hasard retrouvées
Qui s’envolent au vent
Du plus petit malheur

Il déborde le monde
De misères mêlées
A des joies qui abondent
Il déborde de ris et de larmes
Faussement orchestrés
Entre deux palpitations
D’un empressement du coeur

Il déborde aussi le monde
De nobles intentions
D’empreintes d’espérance
De soins prodigués
A des corps en souffrance

Il déborde enfin le monde
De la vanité immense
De nos cendres à venir
Dans moins de temps
Qu’il n’en faut pour le dire

Il déborde de l’orgueil
De la suffisance
Et de l’arrogance
Des ignorants


© Jacques Herman - 2008

11:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

14/06/2008

Je tire ma révérence

Il chevauchait le temps
Pareil à la sorcière
Enfourchant un balai
Mais le cheval marchait
A reculons

Dès lors le présent
Fuyait au point qu’on
Eût dit que le chat
Du voisin n’avait plus
D’autres vies dans sa ligne
De mire
Que celle d’aujourd’hui
Banale et pour tout dire
Mortelle d’ennui

Quant à moi vous savez
Sans doute ce que
Dieu me fit souffrir
Ne le sauriez-vous pas
Qu’à vrai dire cela
N’aurait pas d’importance
Nul ici-bas n’a tort
Et nul n’a raison

Je m’en vais
Je m’évapore

Ou si vous préférez
Je tire ma révérence


© Jacques Herman - 2008

18:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

13/06/2008

Son dernier délire

Sans pieds
Sans mains

Cent pieds
Sous terre
Mais sans
Les miens

Sans rien
Devoir
Sans rien
Avoir
Sans rien à voir
Non plus

Sa pensée
S’égare
Les jeux
De mots
Sont faits
Rien ne
Va plus

Sur le drap blanc
Bientôt mortuaire
Dans son dernier délire
Le vieux s’accroche
Aux images d’antan

Il se cramponne
Au regard clair
D’un sien neveu
Facteur
Farceur
Et facétieux
Chef de chorale
Ancien guide de montagne
A Chamonix


C’est la fin
De l’agonie
Il râle
Il râle
Il râle
Sa vie
Ne tient
Plus qu’à
Un seul
Cheveu



© Jacques Herman - 2008

16:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/06/2008

Pierres et cailloux

Un coup de vent soudain
Sec et douloureux
Comme une gifle cinglante
L’a rendu malheureux
Comme les pierres

Mais qui donc après tout
Détient la certitude
Du malheur des pierres
Et de la tristesse
Des cailloux


© Jacques Herman - 2008

15:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

11/06/2008

La poutre équarrie

Ton profil est celui
D’une poutre équarrie
A contre-jour
La lumière jaillit
De ton grand corps malade
Et l’on dirait une auréole
Et l’on dirait une auréole

J’ai griffonné ces mots
Dans les veines du bois
Mon coeur est en balade
S’il revient c’est pour toi
S’il revient c’est pour toi

Et je m’en suis allé
Respirer de la mer
Mes souvenirs d’enfance
Y relire des pages
D’écriture immense
De Desnos
D’Aragon
De Prévert

Au soleil couchant
J’irai m’asseoir sur un banc vert
Le troisième à partir
Du petit réverbère
Ultime témoin
De mon adolescence

Je reviendrai vers toi
Ma poutre équarrie
Sans doute un peu amer
Et lourd de nostalgie
Mais la couleur du ciel
De l’âme
Plus qu’une autre varie



© Jacques Herman - 2008

13:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2008

Rencontres du futur

à Mousse Boulanger


Le Vésuve bleuté
Le ciel ceruleum
Trois chèvres
Deux agaves
Un pâtre
Les ruines d’Herculanum
Et le velours serein
De tes yeux qui portent au loin
Très au-delà
Des débris de ce monde

Ce monde dans lequel
On veut croire toujours
Que le bonheur abonde
Tandis que la misère
Et la douleur
Ne sont que pour nous
Qui comptons pendant des heures
Sur nos dix doigts
Les jours qui nous séparent de vous
Ô rencontres du futur

Futur débordant
De chants d’amour ou d’espérance
D’images ou de vagues présences
De regards francs
Loyaux et purs
Exempts de toute concupiscence
Visions qui traversent le ciel
Et transpercent le temps



© Jacques Herman - 2008

13:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/06/2008

Des sentes en enfer

Des sentes en enfer
Arpentées une à une
Jusqu’à la fin des temps
Qui n’en est jamais une
Puisque l’éternité
Perdure à jamais

Prends-moi par la main
Ne pense à rien
Le ciel est bas
Marchons ensemble sous la lune
Sans l’avoir voulu
Vois-tu
C’est la loi naturelle
Et c’est bien toujours elle
Qui couronne nos trépas



© Jacques Herman - 2008

12:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)