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14/06/2008

Je tire ma révérence

Il chevauchait le temps
Pareil à la sorcière
Enfourchant un balai
Mais le cheval marchait
A reculons

Dès lors le présent
Fuyait au point qu’on
Eût dit que le chat
Du voisin n’avait plus
D’autres vies dans sa ligne
De mire
Que celle d’aujourd’hui
Banale et pour tout dire
Mortelle d’ennui

Quant à moi vous savez
Sans doute ce que
Dieu me fit souffrir
Ne le sauriez-vous pas
Qu’à vrai dire cela
N’aurait pas d’importance
Nul ici-bas n’a tort
Et nul n’a raison

Je m’en vais
Je m’évapore

Ou si vous préférez
Je tire ma révérence


© Jacques Herman - 2008

18:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

13/06/2008

Son dernier délire

Sans pieds
Sans mains

Cent pieds
Sous terre
Mais sans
Les miens

Sans rien
Devoir
Sans rien
Avoir
Sans rien à voir
Non plus

Sa pensée
S’égare
Les jeux
De mots
Sont faits
Rien ne
Va plus

Sur le drap blanc
Bientôt mortuaire
Dans son dernier délire
Le vieux s’accroche
Aux images d’antan

Il se cramponne
Au regard clair
D’un sien neveu
Facteur
Farceur
Et facétieux
Chef de chorale
Ancien guide de montagne
A Chamonix


C’est la fin
De l’agonie
Il râle
Il râle
Il râle
Sa vie
Ne tient
Plus qu’à
Un seul
Cheveu



© Jacques Herman - 2008

16:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/06/2008

Pierres et cailloux

Un coup de vent soudain
Sec et douloureux
Comme une gifle cinglante
L’a rendu malheureux
Comme les pierres

Mais qui donc après tout
Détient la certitude
Du malheur des pierres
Et de la tristesse
Des cailloux


© Jacques Herman - 2008

15:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

11/06/2008

La poutre équarrie

Ton profil est celui
D’une poutre équarrie
A contre-jour
La lumière jaillit
De ton grand corps malade
Et l’on dirait une auréole
Et l’on dirait une auréole

J’ai griffonné ces mots
Dans les veines du bois
Mon coeur est en balade
S’il revient c’est pour toi
S’il revient c’est pour toi

Et je m’en suis allé
Respirer de la mer
Mes souvenirs d’enfance
Y relire des pages
D’écriture immense
De Desnos
D’Aragon
De Prévert

Au soleil couchant
J’irai m’asseoir sur un banc vert
Le troisième à partir
Du petit réverbère
Ultime témoin
De mon adolescence

Je reviendrai vers toi
Ma poutre équarrie
Sans doute un peu amer
Et lourd de nostalgie
Mais la couleur du ciel
De l’âme
Plus qu’une autre varie



© Jacques Herman - 2008

13:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2008

Rencontres du futur

à Mousse Boulanger


Le Vésuve bleuté
Le ciel ceruleum
Trois chèvres
Deux agaves
Un pâtre
Les ruines d’Herculanum
Et le velours serein
De tes yeux qui portent au loin
Très au-delà
Des débris de ce monde

Ce monde dans lequel
On veut croire toujours
Que le bonheur abonde
Tandis que la misère
Et la douleur
Ne sont que pour nous
Qui comptons pendant des heures
Sur nos dix doigts
Les jours qui nous séparent de vous
Ô rencontres du futur

Futur débordant
De chants d’amour ou d’espérance
D’images ou de vagues présences
De regards francs
Loyaux et purs
Exempts de toute concupiscence
Visions qui traversent le ciel
Et transpercent le temps



© Jacques Herman - 2008

13:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/06/2008

Des sentes en enfer

Des sentes en enfer
Arpentées une à une
Jusqu’à la fin des temps
Qui n’en est jamais une
Puisque l’éternité
Perdure à jamais

Prends-moi par la main
Ne pense à rien
Le ciel est bas
Marchons ensemble sous la lune
Sans l’avoir voulu
Vois-tu
C’est la loi naturelle
Et c’est bien toujours elle
Qui couronne nos trépas



© Jacques Herman - 2008

12:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

08/06/2008

Jeune homme singulier

A Mousse Boulanger



Jeune homme singulier
Te voilà prisonnier
Des relents nauséeux
De l’étang que naguère
Par hasard en
Te promenant
Tu déclaras conforme
A ce que tu cherchais
Pour y passer ton heure dernière

Maintenant que le vent
Vient siffler ici même
Comme un avertissement
Tu hésites
Tu hésites
Quelque chose te retient
Te freine inconsciemment

Et tu t’en vas
Ce sera pour une fois prochaine
Pour ce soir tu retrouves ta peine
A la honte mêlée
Mais comme promis
Je me tairai
Quoi qu’il advienne

En attendant l’aurore
Je te lirai Nerval
Apollinaire ou Desnos
Aragon ou Prévert
Ensemble et sans déguisement
Nus nous rendrons au bal
Des grands poètes morts
Qui gisent depuis longtemps
A plusieurs pieds sous terre


© Jacques Herman - 2008

00:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

07/06/2008

Méprisable

Je ne veux pas rouler mes airs
Même si de fait ils s’avèrent
Irrespirables
Comment pourrais-je
Leur en vouloir

Je laisse aux amours d’opéra
Les petits rats comme faire-valoir
Et je reprends sur mes trottoirs
Ma démarche naturelle
Qui consiste à baisser les yeux
Très bas
Très bas
Pour ne rien voir

Les illusions sont du domaine
Qui ne sera mien jamais
Quand j’entends dire je t’aime
C’est déjà presque
De l’imparfait

Ô vous qui me dites capable
De me moquer
De rire de vous
Sans doute avez-vous raison
Je ne suis sur l’échiquier qu’un pion
Après tout fort méprisable


© Jacques Herman - 2008

14:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

06/06/2008

C'est la fête

Nous étions des milliers
Qui marchions dans la cendre
Fumante qui nous brûlait les pieds

Tête basse nous regardions
Les landes défleuries
Et l’un de nous
Sans doute le plus fou
Porte-drapeau de nos folies
S’égosillait

Il chantait à tue-tête
Ils sont beaux les ajoncs
Dans le ciel qui s’allume

Nous bavions comme une brume
Epaisse
Assombrie
Tandis qu’il vitupérait

Bande de cons
C’est la fête
C’est la fête
Et la mort est là
Derrière la colline
Tout près
Tout près


© Jacques Herman - 2008

13:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

04/06/2008

Paradisiaque

Nous nous étions penchés
Trop dangereusement
La barrière a lâché
Nous pérîmes écrasés
Dieu voulut apparemment
Que nous lui fussions envoyés

Nous psalmodions
En cours de route
Quelques chansons paillardes
Si nous n’y prenons garde
Au ciel c’est évident
On s’emmerde
On s’emmerde
On s’emmerde énormément

Dans sa grande bonté
Dieu nous reçut entouré d’anges
Mon Dieu lui dis-je
Que c’est étrange
Ce qu’ils sont laids
Mais Dieu ne m’entendit pas
Nul n’est parfait


© Jacques Herman - 2008

12:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)