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22/04/2008

Pacte

Nous pourrions conclure un pacte

Ma douleur et moi

Pour nous sentir plus libres

L’un et l’autre moins à l’étroit

Comme elle persiste

A me suivre partout

Je creuserais pour elle

Un tout petit trou

Confortable à souhait

Où je l’enfermerais

Quand elle se fait acide

 

Elle s’y calmerait

S’y reposerait

S’y ferait oublier

 

Alors

Au soleil levant

Je la libérerais

Et je la coifferais

De pétales de roses

© Jacques Herman - 2008

14:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

21/04/2008

Mes dernières volontés

Voici Mesdames et Messieurs

Mes dernières volontés

Vous me jugerez

Probablement fêlé

Pour le moins pas très sage

J’en conviens volontiers

Je veux être incinéré

Dans la douce chaleur

D’un bon feu de bois

D’un four à pizzas

Je veux que mes cendres

Soient agrémentées

De câpres

D’anchois

Et de pétales de roses

Puis qu’elles reposent

Pour un ultime émoi

Dans un large corsage

Pour le reste débrouillez-vous

Complotez

Supputez

Calculez

Invectivez-vous à outrance

C’est l’heure terrible du partage

Mesdames et Messieurs

Vous ne m’en voudrez pas

Si je ris d’avance

Dans ma pauvre existence

Je n’ai jamais rien eu

Qui fût vraiment à moi

© Jacques Herman - 2008

14:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/04/2008

Du muret moussu

Elle est d’une beauté

Quasiment ineffable

Comme ces laitues fraîches cueillies

Ou ces denrées périssables

Fruits et légumes du marché

 

On se retourne sur son passage

On jalouse le mari

Le compagnon

L’ami

On voudrait sans doute aussi

Ne pas être trop sage

 

Puis on la voit cheminer

Tout au long du canal

Grimper sur le muret moussu

Et se jeter dans l’eau glaciale

 

 

 

Ó Jacques Herman - 2008

16:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/04/2008

Départ forcé

Avec la compassion

Le tact et le respect

Des croque-morts à

L’égard des clients

Il salua le vieux

Dans son fauteuil roulant

Qu’il tourna pour qu’il vît

Le jardin de l’asile

 

Puis il recouvrit

Le corps de la vieille

D’un grand drap blanc

 

Le vieux se disait

Que sa femme était belle

Et qu’ils s’étaient aimés

Longtemps

 

Dans le couloir retentit

Le pas lourd et lent

De deux employés

Des pompes funèbres

De la ville

 

 

Ó Jacques Herman - 2008

 

 

16:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

17/04/2008

A deux jours de la Saint Jean

L’hiver a surgi au milieu du printemps

Elle s’était approchée

De l’étroite cloison

Séparant les fenêtres

Pour qu’on ne la vît pas

Dans toute sa nudité

 

Ses yeux glauques entrouverts

Mais interrogateurs

Lui donnaient un peu l’air

D’une huître crevée

Qu’un enfant malicieux

Se serait appliqué

A faire revivre un peu

Juste pour s’amuser

 

Que veux-tu donc y faire

Lui aurait-il dit

Je ne suis de loin pas

Le maître du temps

Qu’il neige ou qu’il grêle

A deux jours à peine

De la Saint Jean

Me laisse de glace

Le temps qui passe

N’est pas mon affaire

 

La femme se retira

Sur la pointe des pieds

On eût cru qu’elle cherchait

A me questionner

 

Je me contentai

D’un haussement d’épaules

Et murmurai

Les saisons m’indiffèrent

Retourne te coucher

 

 

Ó Jacques Herman - 2008

 

 

14:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/04/2008

La ligne d'horizon

Avouons

Avouons

Que la ligne d’horizon

Ce soir-là ne semblait

Guère en forme et qu’on

S’en inquiétait

Nous tombions de fatigue

Et Dieu visiblement

Ne se sentait nullement

Concerné

 

Au petit matin

Le monde nous parut

Etrangement changé

Nous découvrîmes effarés

Que l’horizon s’était pendu

A la branche d’un pommier

© Jacques Herman - 2008

17:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

15/04/2008

Marche en montagne

La neige était jaune

D’aucuns disent orangée

La bise nous étreignait

Comme un peignoir gelé

Et nul jamais ne décrira le ciel

D’un bleu cobalt foncé

Mêlé de cæruleum

Ou ce cirque des montagnes

Lointaines et comme

Délicatement voilées

Sans doute pour cacher

Leur nudité honteuse

Nous avancions à la file indienne

Portant nos sacs pleins à ras bord

De nos misères quotidiennes

Et de pensées brumeuses

Le soleil brillait encore

Nous marchions intrépides

Dès qu’il se fut couché

Fatigués

Epuisés

Nous ralentîmes le pas

On raconte  aujourd’hui

Qu’aucun d’entre nous

Ne revint à bon port

©  Jacques Herman - 2008

 

20:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

10/04/2008

A Nerval

Poète on m’invite

A prendre mon luth

Mais il est consterné

Par ma mélancolie

Qui brille de l’éclat

Du soleil employé

Au nettoyage des scories

Du ciel et de la terre

Ma seule étoile

C’est la pute

Bien vivante

Bien en chère

Qui depuis tant d’années

Arpente le trottoir

De ce côté du canal

Et qui porte comme un fardeau

Les couleurs sourdes de la misère

© Jacques Herman - 2008

08:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/04/2008

Cénacle animal

La grive en grève

Le canard boiteux

Le lion édenté

La biche aux abois

Se sont ralliés

A la cause commune

Des animaux malheureux


Les voici réunis

Par la force des choses

Pour se réconforter

Mutuellement


La vie me pèse

Comme un fardeau

Chuchote un homme

Qui lentement

Chemine au bord de l'eau

Puis-je me joindre à vous


Bienvenue parmi nous

Bienvenue parmi nous


Mais son pied glisse

Et le fleuve l'emporte

Le cénacle animal

Vient de fermer sa porte

Au nouvel arrivant

Sans l'avoir connu



© Jacques Herman - 2008


18:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

08/04/2008

Derniers jours de printemps

Le quai de gare paraissait vide

Cependant

Sur l'un des bancs non abrités

A la pluie et au vent largement exposé

Un homme âgé

S'il faut en juger par les rides

Semblait dormir ou rêvasser


A pas de loup

Je m'approchai

Du vieillard immobile

Sans doute trop timide

J'évitai de converser


Je m'aperçus alors

Qu'on l'avait éventré

Que le sol à ses pieds

Etait souillé du sang

De ses viscères

Ô pensai-je qu'il est navrant

De mourir sur un quai de gare

A la fin de l'hiver


Je m'éloignai sans presser le pas

Un peu triste en me disant

Qu'il ne verrait plus le printemps



© Jacques Herman - 2008


18:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)