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01/12/2007

Mourir d'effroi

Des chevaux de bois
Trottent dans sa tête
S'y bousculent
Et trébuchent parfois
Pitoyable manège

Son coeur est en deuil
Mais la ville est en fête

Il se noie dans les étoiles
Qui éclairent sa nuit
Comme des trous dans un voile
La lune lui sourit

Sa pensée devient brumeuse
Il s'écroule dans la neige
Son corps se raidit
La peur l'envahit
On craint qu'il ne meure d'effroi


© Jacques Herman - 2007

07:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

30/11/2007

Cendres

En ce temps-là j'avais peur de mourir
Tu le savais mieux que personne
Et tu m'avais fait venir
Dans ton étude de la rue des Rosiers

Sur ton bureau trônait une urne
En métal argenté

Tu me chargeas
Sans que je m' attendisse
A cette mission
De répandre les cendres
A flanc de montagne
Dans l'eau d'un bisse

Je suis tombé
Dans le précipice
Ce sont à présent les miennes
Qu'un autre répandra

Tous les lieux me conviennent
Mer ou campagne
Lac ou forêt
Qu'importe quand on ne le sait pas


© Jacques Herman - 2007

08:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

L'interné

Chaque nuit plus inquiet
Que la nuit précédente
Je tremble comme un enfant
Que la mort guette au coin du bois
Et qui souvent l'appelle

Le jour est plus tranquille
Je me cache parfois
Derrière un foyard blanc
Il m'arrive aussi de jouer à la marelle
Ou de faire semblant

Il se fait tard excusez-moi
C'est la fin des visites
Il faut que je vous quitte
Je vous laisse repartir dans le noir
Rejoindre la ville
Où je vivais naguère

Voyez ce vieux drôle
Qui porte une casquette
Il est chargé de fermer
Les portes de l'asile
Dès que tombe le soir


© Jacques Herman - 2007

08:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

29/11/2007

Eva

Dans la fureur d'Eva
Qu'est-ce que l'on voit
Qu'est-ce que l'on voit
On voit
Des hallebardes
Des flèches tirées
De leur carquois
Des éclairs aveuglants

Dans la fureur d'Eva
Qu'est-ce qu'on entend
Qu'est-ce qu'on entend
On entend
Des coups de tonnerre
Des claquements de portes
Des hurlements
Des chiens qui aboient

Et qu'adviendra-t-il à Eva
Sitôt sa colère apaisée

Elle deviendra pour longtemps
L'objet de nos risées


© Jacques Herman - 2007

20:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Disloquer le temps

Ah ma chère si vous saviez
Ce qu'il est beau le ciel d'hiver
Que l'on a détourné
De sa fonction première
Et qui sans le savoir
S'est transmuté en ciel d'été

Ah ma chère si vous saviez
Ce qu'il est beau le ciel d'automne
Qui se croit au printemps

Ah ma chère si vous saviez
L'intensité de mon bonheur
Lorsqu'il m'arrive d'anéantir
La mécanique des heures
Et de disloquer le temps



© Jacques Herman - 2007

07:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

28/11/2007

Cadavre fumant

Je cherche désespérément
Dans les meilleures boutiques
Et toc et toc et tic
Un cadavre fumant
Tout vêtu de blanc
Et si possible aussi
Recouvert de poussière
Comme celle qui tombe
Des étoiles
Et qui nous rassure
Ou qui nous rend amers
Selon notre lecture
Si personnelle du monde

Je veux un cadavre en état de marche
Pas trop coûteux quant à la consommation
Je le souhaiterais
Suis-je trop exigeant
D'une puanteur discrète

Je l'emmènerai sous le bras à la fête
Des trépassés
Qui se tiendra lundi
Dans la cabane du Bois-Gentil

Les cadavres prolixes
Ne sont pas admis
Le silence ici s'impose

On peut apporter des fleurs
Bégonias
Oeillets
Ou roses
Tulipes
Bleuets
Lilas
Ou d'autres fleurs qu'on aime
A l'exception des marguerites et
Des chrysanthèmes


© Jacques Herman - 2007

11:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Mort de chagrin II

Il mourut d'ennui
Le jour où je naquis
A moins que ma grand-mère
N'ait eu raison de me confier
Qu'il avait glissé dans le caniveau
En ce soir d'arrière-saison
Et décéda d'ivresse
Et non de consomption

La légende toujours dépasse
Quand elle ne la détruit pas
La vérité trop crue
Banale
Vulgaire

Mourir avant l'heure
Ma chère
Qui plus est de chagrin
Est un honneur
Une belle fleur
Posée sur la ligne du temps
Par un geste d'amour du destin


© Jacques Herman - 2007

10:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/11/2007

Du côté de chez Swann

Vous m'avez tenu la tête
Si longtemps sous
La surface de l'eau
Que je suis morte noyée
En plein milieu
D'un jour d'été

Experts de la mise en scène
Vous racontâtes des bobards
Sans la moindre vergogne

Trois jours plus tard
Mes enfants m'enterrèrent
Du côté de chez Swann
C'est le nom du café
A la sortie méridionale
Du cimetière
La température au sud est toujours plus clémente
Je vous en suis reconnaissante

Un mien cousin ignore
Où se trouve ma tombe
Un gardien lui dit
Tout au sud
Tout au sud
Il ne s'étonne guère
Il sourit
Elle a toujours
Dit-il
Perdu le nord



© Jacques Herman - 2007

11:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Lit-cage

Accrochés aux barreaux
Tes doigts menus semblent vouloir
Echapper au jardin clos
De ton petit lit-cage
Plein de poupées cependant
Et de jouets colorés
Avec lesquels tu t'amuses
Du matin jusqu'au soir

Tu voudrais sortir de là
Dormir dans un grand lit
Qui ne ressemble pas
A une prison
Tu cherches à ne voler
Que de tes propres ailes
Comme cet étourneau
Dont mademoiselle Angèle
T'a montré la photo

Ce matin m'a-t-on dit
Tu gémissais
Tu gémissais
On a changé tes langes
Tout doucement
Tout doucement

Avec amour
Tu baisses la tête
Tu sembles gênée
Je conçois que c'est dur
De se faire langer
A quatre-vingt dix ans



© Jacques Herman - 2007

06:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

26/11/2007

Pas fier

J'aimerais vous offrir
Des perles rares
Des diamants
Des saphirs
De l'or
Et de l'argent
Des biens immobiliers
Des objets précieux arrachés
Pour une fortune
Aux potentats du marché

J'aimerais vous ceindre la tête
De fleurs odoriférantes
Vous promettre la lune
Et vous la donner
A genoux
Dans un écrin de fête

Je songe à vous inonder
De tous les biens du monde
Mais la vénalité
N'est pas votre affaire
Et vous me dites combien
Ma démarche est immonde

Je prends alors
Mes jambes à mon cou
Débordant de remords
Etouffé par la honte
Et je m'éloigne de vous



© Jacques Herman - 2007

09:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)