Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

15/10/2007

On a coulé

La plus grosse vient de s'enfuir
Elle roule sur le pont
Tombe dans l'escalier
Tente de sortir
Par un hublot
Désespérément fermé

Le bateau coule
Le bateau coule

Le capitaine tient bon la barre
Mais les femmes ne le croient plus
Quand il crie dans la tempête
On ne périra pas
On ne périra pas

Le bateau coule
Le bateau coule

Ciel plombé
On ne voit rien
Il pleut des cordes

La rouquine a hurlé
Elle a glissé
Puis est tombée
A la mer

A son tour le capitaine
Vient de lâcher prise
Il s'accroche désormais
A la taille de la marquise
Et se tait

Derniers instants
C'est le silence qui prend les rênes
Il est trop tard
Quoi qu'il advienne
On a coulé
On a coulé


© Jacques Herman - 2007

19:39 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Trous de mémoire

Chaque jour voyez-vous
La pluie vient agrandir les trous
Déjà boueux de ma mémoire
Et le soir
Je me mets à genoux
J'ausculte le miroir
En le priant de ne plus
Me renvoyer d'image
Mais mon miroir s'en fout

Chaque jour voyez-vous
Je sème en marchant
Des mots
Des idées
Des images naguère gravées
Qui se sont fait la malle
Et que personne jamais
N'a voulu ramasser

Chaque jour voyez-vous
Je me plains de mon mal
Et je vogue inconscient
Sur l'écume des vagues
Incertaines du temps


© Jacques Herman - 2007

09:38 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Tohu-bohu

La lune ce soir
Ne bouge plus au-dessus
De la ligne d'horizon

Elle en a plein le dos
De tourner en rond
Tout autour de la terre

Elle me semble plus pâle
Qu'elle ne l'est d'ordinaire
Et je m'inquiète un peu
D'autant
Qu'en me tournant
Vers le sud
Il me semble avoir vu
Les deux ourses
Et l'étoile polaire

Le tohu-bohu
S'installe
S'installe
Le tohu-bohu
S'installe
Dans ma tête ou
Dans l'univers

Pourquoi me dis-tu
Que je deviens fou
Regarde le ciel
Juste au-dessus de toi
Regarde le ciel
Et cesse de compter
Penché sur ton comptoir
L'argent que l'on te doit



© Jacques Herman - 2007

09:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Oubliette

C'est un trou que les hommes
Ont creusé à la main
Si profond que du bord
On ne voit pas le fond
La lumière n'y entre jamais
On y confond
Soir et matin

On y tremble de froid
On y meurt
De faim
Dans la fosse isolée
On ignore tout
De la marche du monde

Tout est sombre en ce lieu
Et sinistre le décor
C'est l'oubliette
Où l'on abandonne
Les miséreux à leur sort
En proclamant
Qu'on les remet
A la grâce de Dieu


© Jacques Herman - 2007

07:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

14/10/2007

Aspirateur

Je m'effondre
J'implose
Littéralement
Je tombe en cendres dans mes souliers

Un vieil imbécile
Juste à côté
De moi sourit
Il vient tout droit
De la ville
Et me dit

Pauvres poussières
Voici venue l'heure
De passer ici
L'aspirateur

Et le tuyau qu'il manipule
Avec dextérité
Aussitôt m'engloutit

Il ne reste de moi
Que mes deux souliers
Mais quelqu'un viendra
Les ramasser
L'isolement
Leur pèse déjà


© Jacques Herman - 2007

13:54 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Thé au citron

Ah que non
Ce n'est pas l'homme
Rose et ventru
Tatoué jusqu'au museau
Que je rencontrais
Chaque jour à la même heure
Au bout de la table
Et au bout du rouleau
La cirrhose jusqu'au trognon

Que non
Que non
C'est un être malingre
Qui s'assied sans saluer
Personne
Et qui marmonne
Entre les dents
Puis ronronne
Jusqu'à ce qu'il commande
D'une voix fluette
Vaguement hésitante
Un thé au citron


© Jacques Herman - 2007

13:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Vangeance d'un poisson mort

Un bus roule sur la digue
Au bord de la mer
Soudain il recule
Et sans le vouloir
Ecrase les restes d'une sole limande
Le poisson mort se venge
Une arrête se glisse
Dans le relief d'un pneu
Qu'il tente mais en vain
De dégonfler
Vengeance ridicule


© Jacques Herman 2005

10:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Bonaparte

Bonaparte m'a mordu
Le bras gauche et je
Lui en veux beaucoup
Bonaparte est à vrai dire
Un chien méchant
Très méchant
Même s'il en est
De pires
A mon goût

Bonaparte se promène
Parfois seul dans le quartier
J'attends
Qu'il se fasse écraser
Par une voiture
Ou par un train routier

Le jour où Bonaparte
Mourra sous un pneu
Bienfaisant
Nous ferons fête
Je le promets
En l'honneur
De l'auteur
De l'accident


© Jacques Herman - 2007

07:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Fondu comme du sucre

Je ne suis pas tout à fait mort
Quoique totalement fondu
Comme un morceau de sucre jeté
Dans une tasse de thé

Trop dissout
Pour me pendre
Ou pour être sauvé
Personne à parler franc
N'a jugé opportun
De me tirer de là

Il faut que la bête immonde
Comme le sucre fonde
Dans l'eau devenue tiède
Et disparaisse à jamais

Chaque gorgée du thé qu'on avale
Dans l'indifférence
Tente d'évoquer
Les goûts âcres et rances
Des chemins qui nous mènent
Au portes du trépas


© Jacques Herman - 2007

05:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

13/10/2007

Godillots de fossoyeur

Ils sont restés sur le carreau
Rouge de la cuisine
Je parle des godillots
Crottés
Du fossoyeur
Après un séchage
De plus de cinq heures

L'attente paraît longue
Mais il sait à quel point
Les cimetières sont boueux
En cette saison

Tant mieux
Dis-je tant mieux
La pluie favorise
La décomposition



© Jacques Herman - 2007

10:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)