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04/10/2007

Derniers vers

Lors de l'heure dernière
On verra peut-être ce qu'elle n'a jamais vu
Parce qu'elle était aveugle du coeur

Un petit lapin vert
Assis sur son derrière
Récitant des poèmes
De Breton
Supervielle
Apollinaire
Dans l'encoignure de la grille
Du cimetière

Ah la belle entrée
Peu solennelle mais que j'attends
Avec une indicible ferveur

Quand au clocher sonnera l'heure
Des comptes à rendre
Mes amis s'il en reste
Venus pour honorer
Ma mémoire funeste
Diront encore quelques vers
Qu'ils ont appris par coeur

C'est un grand privilège
De partir en fumée
Quand on sait
La valeur
Des mots que l'on profère


© Jacques Herman - 2007

00:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

Le clou

Le clou
Bénéficia
De circonstances atténuantes
En dépit de la cruauté
Des blessures infligées
A la plaignante

Pour la partie civile
Qui le prenait de haut
Il était malfaisant
Vicieux
Particulièrement tordu

Pour la défense
En revanche
Il était simplement marteau


© Jacques Herman - 2006

00:32 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Le rêve de Pierrot

Au clair de la terre
Mon ami Pierrot
Colle donc le nez à la vitre
Et voit
La femme qui court après les hirondelles
Le plombier rondouillard qui s'arrête de marcher
Le frémissement des arbres
Tout au long de l'allée

Le ciel devient pluie
Ton œil l'aperçoit-il
Et la femme s'efface
Et le plombier aussi
Les arbres crient
Mais on ne les entend pas
Seul de l'autre côté
De la buée que tu produis
C'est un poète qui passe


© Jacques Herman 2005

00:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Dans l'impudeur de leur nudité

Je sais par cœur
Les points communs
Entre les semelles usées
Les manteaux élimés
Les besaces vidées
De leur substance intime

Je sais par cœur
Toutes les rimes
A pauvreté
Misère
Désespérance
Humiliation

Je sais par cœur
Les dégâts nés
De leurs souffrances
De leurs douleurs
De l'impudeur de leur nudité

Il ne nous reste
A ce qu'on dit
Qu'à les panser
Dans un abri de fortune
A peine protégé
De la pluie et du vent
Comme on panse les grands blessés
A l'issue de combats sanglants


© Jacques Herman - 2007

00:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

03/10/2007

Naissance

Tout nu
Tout plissé
Tout rose
Le voici venu
A l'orée des choses
De la vie
Sans l'avoir voulu

On le trouve joufflu
Mai on dit aussi
Qu'il ressemble un peu
A la tante Jeanne
Par la couleur des yeux

On se réjouit
On brame comme lui
Areuh
Areuh

Passe le temps
Il étudiera
Se mariera
Puis divorcera
Mourra d'un cancer
Ses cendres seront
Eparpillées au vent
Mauvais d'un hiver



© Jacques Herman - 2007

21:31 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Angle sud-est

Angle sud-est
Du marché aux puces
Arrivée du premier camelot
Il est sept heures à peine

Deux chevalets rapidement
Déployés
Un plateau posé
Mais de marchandise aucune

Premier passant
Je note
Absence d’attention
Un deuxième
Je note
Aucun intérêt
Le troisième s’est arrêté
Entame une courte
Discussion

Je cours en sa direction
Monsieur
Monsieur
A ce marchand
Qu’achète-t-on

Tant de choses dit-il
Qu’il vend à vil prix
Des émotions
Un sourire
Une joie
Un deuil effroyable
Une angoisse éprouvante
Des amours mortes
Des remords
Et de la compassion


© Jacques Herman - 2007

08:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Jugement

C’est l’heure des règlements de comptes

A ma gauche la chair flétrie
Des vieilles qui naguère
Arpentaient le trottoir
A ma droite les corps délavés
Des victimes expiatoires
Que l’on dit s’être trompées
De route
Et devant moi
Majestueux
Sûr de lui
Le regard sombre
La narine frémissante
L’imposante présence de celui
Qui se prend pour Dieu
Et que jamais le doute
Ne vient effleurer

Il fend l’air de se dextre
Prononce un jugement
Et se tournant vers moi
Me supplie d’écouter

Je fais assurément
Preuve d’inattention
C’est le moment
Me dis-je de
Quitter la scène
Dans la plus grande discrétion



© Jacques Herman - 2007

08:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

La ville étrangleuse

La main qui ce matin
A traversé la chambre
Puis s'est posée
Légère comme
Un papillon
Sur le clavier du piano
Interpréta si je ne me trompe
Une mélodie tirée
Du folklore roumain

J'en fus ému au point
De ne rien voir d'étrange
Ou d'inattendu
A cette apparition

Une main
Qui ne se rattache à rien
Peut sembler après tout
Parfaitement naturelle

J'eus apprécié cependant
Qu'elle ne jouât point
Le rôle imprévu
D'une vile étrangleuse
En s'agrippant à mon cou



© Jacques Herman - 2006

08:11 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

Le héros militaire

Tu te tiens debout
Comme au garde à vous
Et tu te prends pour
Un héros militaire
Mais tu n'es pas armé
Tu n'as pas d'uniforme
Tu n'es pas décoré
Pire
Tu ne peux pas saluer
S'il passe un haut gradé
Parce que tu te tiens
A la main courante
De l'autobus
Pour ne pas tomber
Sur les genoux de la jeune rouquine
Ou dans le panier de la vieille
Au manteau violet


© Jacques Herman 2005

08:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

Couronnez-moi de papier

C'est un vase chinois
Qui couronne l'armoire
Et l'ennoblit

Sans aucun effort
Elle a perdu ainsi
Sa rusticité

Couronnez-moi de papier
Chantez à tue-tête
Des hymnes sacrés
Je vous paraîtrai
A mon tour
Le roi de la fête
Que nous venons
Ce soir vous et moi
D'improviser


© Jacques Herman - 2006

08:09 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)