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03/10/2007

Un poète c'est quoi

Tes pensées agitées
Sont pareilles aux drapeaux
Qui vibrent au vent
Parole de témoin

Je t'imagine arborant
Un chapeau ridicule
Comme les dames en portaient
Naguère
Avec une voilette et des plumes
Ou sous la perruque poudrée d'un prince
Ou la tête prisonnière
D'un casque de scaphandrier

Tout près de toi
Presque à tes pieds
Quelques moineaux
Viennent se rouler
Dans la poussière
Tu les entends piailler
Tu crois qu'ils parlent de toi
Qu'ils se disent
Le grand poète que voilà

Mais un poète c'est quoi
C'est un collectionneur
Des nuits blanches d'un monde endolori
De bouteilles à moitié vides
Dont l'autre moitié
Est cependant remplie
C'est l'analyste de rien
C'est le roi des voyeurs
C'est un colleur d'affiches
Sur les routes de France
Au petit matin
C'est la vague écumeuse
Qui se meurt
Sur un rivage incertain

Un poète c'est quoi
C'est la blancheur d'un lilas
Qui se teinte de brun
Parce que la saison
Avance à grands pas
C'est un chanteur sans voix
Une machine à écrire dépourvue de clavier
Une serrure rouillée
Irréparable
C'est prouvé

Mais le poète aussi
C'est la clé hors d'usage
Le révolté qui enrage
Ou Booz endormi
Noé dans l'ivresse
Le pendu du tarot
Le pape et tout la fois
La papesse

Le poète c'est encore
Un souffle d'air frais
Ou d'haleine fétide
Au gré des saisons
C'est du fond du ciel
Un râle sonore
Un levier qui soulève
Les mots lourds comme les pierres
Et provoque
Et titille
Et se moque
Et puis s'en va crever
De l'autre côté
De l'horizon



© Jacques Herman - 2007

08:08 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Un insecte bourdonne

A voix basse je chante
Les cendres du passé lointain
Mais je tisonne les braises
En dépit de tout
Et murmure des mots que vous
Ne percevez pas
Je ne saurai jamais si le feu s'est éteint
Et m'éloigne de vous
A petits pas

La table ici demeure dressée
Invariablement comme
Si j'attendais entre ces murs
D'improbables invités

Un insecte bourdonne
Contre la vitre qui donne
Sur l'avenue des Marronniers



© Jacques Herman - 2007

00:39 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Le diable et les anges

Le diable dit-on
Joue au palet
Avec ses
Diablotins
C'est ce que j'ai appris
A l'école
Et les anges
Eh bien
Les anges
Ne jouent jamais
A rien
Ils volent


© Jacques Herman 2005

00:38 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

La princesse de Lamballe

Violée
Par des loqueteux
Décapitée
Dans la rue Pavée
Il fallait encore
Que des gueux
Ivres de haine
Mutilassent son corps

Ô qui dira jamais
La joie de jouer
Sur le trottoir à la balle
Avec la tête de
La princesse de
Lamballe


© Jacques Herman - 2006

00:37 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Dans les bras de son violeur

Elle avait le regard clair
D'un matin d'avril
Une fossette au menton
Des cheveux blonds
Menu bouclés et longs

Elle expira
Si l'on en croit la rumeur
Dans les bras de son violeur

Pourquoi donc
Faces de pourceaux
Vous en dirais-je ici davantage

Le canal est muet
Et ma douleur insoutenable



© Jacques Herman - 2006

00:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Un nouvel horloger

L'horloge du monde
Vient de tomber
De la falaise
Elle s'est écrasée
Dans les rochers puis a
Roulé dans l'océan

Depuis ce jour
L'heure est imprécise
Et les saisons
Semblent troublées
Hésitantes
Perturbées
Indécises

La neige tombe en été
Des mois s'allongent
Ou raccourcissent
Sans crier gare
A l'aube on dit
Qu'il se fait tard

L'univers est en quête
D'un nouvel horloger
Compétent
Appliqué
Qui ne perde pas son temps
A des futilités



© Jacques Herman - 2007

00:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

02/10/2007

L'odeur de la morue

Parfois dans l'eau du port
On voit nager des méduses
Entre des algues sombres
Et des taches d'huile irisées

Un bateau de pêche
Accoste souvent
A deux pas du vieux banc
Où l'on vient s'asseoir
Le soir par beau temps

Près de la bitte d'amarrage
Les marins infatigables
Etalent des paniers de poissons frais
Pêchés du jour

L'odeur de la morue
Ô mon amour
M'est devenue insupportable


© Jacques Herman - 2007

16:43 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Nocturne

La nuit revient
Sur la pointe des pieds
Mais je l'ai vue
Remplie de haine
Et d'humeurs viciées

Elle s'étend comme un voile
Qu'on devine d'abord à peine
Avant de boucher peu à peu l'horizon

De rose pâle bientôt
Elle vire au bleu grisâtre
Et puis au noir profond
Et se constelle
D'étoiles moqueuses

Nous cachons alors
Les malheurs engrangés
Depuis les premières
Lueurs du jour
Derrière le rideau lourd
De nos scènes imaginaires
Et la lune menteuse
Peut bien se rire de nous
Nous n'en avons que faire
Pour le coup



© Jacques Herman - 2007

15:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Un câpre égaré

La terre tourne à l'envers
Mais personne n'a rien vu
Les hommes ont la folie
Tragiquement aveuglante

Ils plongent dans leur thé
Qu'ils boivent à gorgées lentes
Une feuille de laurier
Ou un câpre égaré
Et c'est aussitôt l'aventure

Alors debout
Fiers et altiers
Certains deviennent menaçants
Et se dressant
Sur leurs ergots
Tout en bombant le torse
Sans vergogne ils proclament
Que le monde a changé


© Jacques Herman - 2007

14:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Le pendu

Léger balancement
D'un pendu au bout d'une corde
Sensible aux caprices du vent

A ses pieds deux enfants
Se moquent de lui
Ouh ouh
Ouh ouh

Mais il n'arrête pas de bouger
On finirait par le croire vivant
Ouh ouh
Ouh ouh

Voilà qu'il pleut à présent
Les enfants rentrent chez eux

Avec l'humidité
Le corps se décomposera
Plus rapidement


© Jacques Herman 2005

14:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)