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03/10/2007

Angle sud-est

Angle sud-est
Du marché aux puces
Arrivée du premier camelot
Il est sept heures à peine

Deux chevalets rapidement
Déployés
Un plateau posé
Mais de marchandise aucune

Premier passant
Je note
Absence d’attention
Un deuxième
Je note
Aucun intérêt
Le troisième s’est arrêté
Entame une courte
Discussion

Je cours en sa direction
Monsieur
Monsieur
A ce marchand
Qu’achète-t-on

Tant de choses dit-il
Qu’il vend à vil prix
Des émotions
Un sourire
Une joie
Un deuil effroyable
Une angoisse éprouvante
Des amours mortes
Des remords
Et de la compassion


© Jacques Herman - 2007

08:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Jugement

C’est l’heure des règlements de comptes

A ma gauche la chair flétrie
Des vieilles qui naguère
Arpentaient le trottoir
A ma droite les corps délavés
Des victimes expiatoires
Que l’on dit s’être trompées
De route
Et devant moi
Majestueux
Sûr de lui
Le regard sombre
La narine frémissante
L’imposante présence de celui
Qui se prend pour Dieu
Et que jamais le doute
Ne vient effleurer

Il fend l’air de se dextre
Prononce un jugement
Et se tournant vers moi
Me supplie d’écouter

Je fais assurément
Preuve d’inattention
C’est le moment
Me dis-je de
Quitter la scène
Dans la plus grande discrétion



© Jacques Herman - 2007

08:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

La ville étrangleuse

La main qui ce matin
A traversé la chambre
Puis s'est posée
Légère comme
Un papillon
Sur le clavier du piano
Interpréta si je ne me trompe
Une mélodie tirée
Du folklore roumain

J'en fus ému au point
De ne rien voir d'étrange
Ou d'inattendu
A cette apparition

Une main
Qui ne se rattache à rien
Peut sembler après tout
Parfaitement naturelle

J'eus apprécié cependant
Qu'elle ne jouât point
Le rôle imprévu
D'une vile étrangleuse
En s'agrippant à mon cou



© Jacques Herman - 2006

08:11 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

Le héros militaire

Tu te tiens debout
Comme au garde à vous
Et tu te prends pour
Un héros militaire
Mais tu n'es pas armé
Tu n'as pas d'uniforme
Tu n'es pas décoré
Pire
Tu ne peux pas saluer
S'il passe un haut gradé
Parce que tu te tiens
A la main courante
De l'autobus
Pour ne pas tomber
Sur les genoux de la jeune rouquine
Ou dans le panier de la vieille
Au manteau violet


© Jacques Herman 2005

08:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

Couronnez-moi de papier

C'est un vase chinois
Qui couronne l'armoire
Et l'ennoblit

Sans aucun effort
Elle a perdu ainsi
Sa rusticité

Couronnez-moi de papier
Chantez à tue-tête
Des hymnes sacrés
Je vous paraîtrai
A mon tour
Le roi de la fête
Que nous venons
Ce soir vous et moi
D'improviser


© Jacques Herman - 2006

08:09 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

Un poète c'est quoi

Tes pensées agitées
Sont pareilles aux drapeaux
Qui vibrent au vent
Parole de témoin

Je t'imagine arborant
Un chapeau ridicule
Comme les dames en portaient
Naguère
Avec une voilette et des plumes
Ou sous la perruque poudrée d'un prince
Ou la tête prisonnière
D'un casque de scaphandrier

Tout près de toi
Presque à tes pieds
Quelques moineaux
Viennent se rouler
Dans la poussière
Tu les entends piailler
Tu crois qu'ils parlent de toi
Qu'ils se disent
Le grand poète que voilà

Mais un poète c'est quoi
C'est un collectionneur
Des nuits blanches d'un monde endolori
De bouteilles à moitié vides
Dont l'autre moitié
Est cependant remplie
C'est l'analyste de rien
C'est le roi des voyeurs
C'est un colleur d'affiches
Sur les routes de France
Au petit matin
C'est la vague écumeuse
Qui se meurt
Sur un rivage incertain

Un poète c'est quoi
C'est la blancheur d'un lilas
Qui se teinte de brun
Parce que la saison
Avance à grands pas
C'est un chanteur sans voix
Une machine à écrire dépourvue de clavier
Une serrure rouillée
Irréparable
C'est prouvé

Mais le poète aussi
C'est la clé hors d'usage
Le révolté qui enrage
Ou Booz endormi
Noé dans l'ivresse
Le pendu du tarot
Le pape et tout la fois
La papesse

Le poète c'est encore
Un souffle d'air frais
Ou d'haleine fétide
Au gré des saisons
C'est du fond du ciel
Un râle sonore
Un levier qui soulève
Les mots lourds comme les pierres
Et provoque
Et titille
Et se moque
Et puis s'en va crever
De l'autre côté
De l'horizon



© Jacques Herman - 2007

08:08 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Un insecte bourdonne

A voix basse je chante
Les cendres du passé lointain
Mais je tisonne les braises
En dépit de tout
Et murmure des mots que vous
Ne percevez pas
Je ne saurai jamais si le feu s'est éteint
Et m'éloigne de vous
A petits pas

La table ici demeure dressée
Invariablement comme
Si j'attendais entre ces murs
D'improbables invités

Un insecte bourdonne
Contre la vitre qui donne
Sur l'avenue des Marronniers



© Jacques Herman - 2007

00:39 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Le diable et les anges

Le diable dit-on
Joue au palet
Avec ses
Diablotins
C'est ce que j'ai appris
A l'école
Et les anges
Eh bien
Les anges
Ne jouent jamais
A rien
Ils volent


© Jacques Herman 2005

00:38 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

La princesse de Lamballe

Violée
Par des loqueteux
Décapitée
Dans la rue Pavée
Il fallait encore
Que des gueux
Ivres de haine
Mutilassent son corps

Ô qui dira jamais
La joie de jouer
Sur le trottoir à la balle
Avec la tête de
La princesse de
Lamballe


© Jacques Herman - 2006

00:37 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Dans les bras de son violeur

Elle avait le regard clair
D'un matin d'avril
Une fossette au menton
Des cheveux blonds
Menu bouclés et longs

Elle expira
Si l'on en croit la rumeur
Dans les bras de son violeur

Pourquoi donc
Faces de pourceaux
Vous en dirais-je ici davantage

Le canal est muet
Et ma douleur insoutenable



© Jacques Herman - 2006

00:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)