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31/03/2012

L'envers vaut l'endroit

On vient d'épingler

Le journal d'une ombre morte

A l'envers de la porte

 

Il se lit de haut en bas

Tandis qu'à l'endroit

Dans l'autre sens

Il se décline

 

Il nous parle d'un corps

Qui à ce jour encore

Nous demeure inconnu

Mais dont la vie croit-on

S'est toujours déroulée

Sur les deux versants

De la même portée

L'un pointé vers le ciel

Chantant les aiguës

Le second tendu

Vers les gorges profondes

Des terres dévêtues

Et qui vibrent d'ennui

Comme les notes graves

Au clavier de la vie

 

Dans le monde des morts

L'envers vaut l'endroit

Plus rien n'est décor

Et la porte d'entrée

Est aussi celle

Par laquelle on sort

 

 

Jacques Herman

2012

 

16:24 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

29/03/2012

Envers et endroit

L'envers vaut l'endroit

L'un comme l'autre prétendent

Bonnes gens qui m'écoutez

Se faire pareillement entendre

Dans les bouches malodorantes

Du métro surchauffé

Et sur les places publiques

A l'issue du marché

Entre deux navets blets

Des poireaux fatigués

Et quelques détritus

 

L'envers vaut l'endroit

L'un comme l'autre prétendent

Bonnes gens qui m'écoutez

Se faire pareillement entendre

Sur les scènes éphémères 

De spectacles populaires

Lourdement médiatisés

Et dans l'intimité

Des dunes tout au long

Des plages dénudées

 

Et l'endroit vaut l'envers

L'un comme l'autre prétendent

Bonnes gens qui m'écoutez

Se faire pareillement entendre

Dans les canards pourris

Dont les foliculaires

Vous toisent à l'envi

Et dans les longs couloirs

Discrets

Peu visités

Des châteaux hantés

Dont les ruines 

Toutes les nuits murmurent

La gloire éteinte des nantis

 

Jacques Herman

2012

16:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/03/2012

Muezzin

Debout en haut

Du minaret

Le muezzin appelle

A la prière

 

Le ciel est bleu

Mais on dirait

Qu'il tend un peu

Vers le rose-orangé

 

"Dieu est le plus grand

Dieu est le plus grand"

Et dans la chaleur

Légèrement attiédie

Par la fin du jour

Une douzaine d'oiseaux blancs

Passent à l'aplomb

De la mosquée

 

Quelqu'un dans la rue

Me donne un croissant

De lune en bronze doré

J'entends le bruit

D'un volet

Que l'on vient de fermer

Je perçois l'odeur

D'un parfum sucré

 

Je recule un peu

Le minaret

Se profile

A contre-jour

 

Ce soir des étoiles

S'accrocheront partout 

Il suffit pour les voir

De vouloir ouvrir les yeux

 

Jacques Herman

2012

11:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

25/03/2012

Hommage à Delvaux

Dans la rue dont le vent

A pris la maîtrise

Des filles à la peau blanche

A moitié dévêtues

Ont les yeux grands ouverts 

Mais ne regardent rien

 

Les bruits ordinaires

Semblent à jamais se taire

Et le soleil étend

Sur le pavé des trottoirs 

Un voile poussiéreux

Qui vibre juste un peu

Dans les rais de lumière

 

Les filles immobiles

Ressemblent aux statues 

Froides et poussiéreuses

Des palais florentins

Ou aux femmes livides

Figées par Delvaux

Sur un long quai de gare

Tremblant et incertain

 

 

 

Jacques Herman

2012

 

11:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

23/03/2012

Un filet d'eau

Un filet d'eau 

Doucement coule 

Depuis le plafond

Le long du mur bleu

Dans le petit salon

 

Quand il atteindra

Le marbre froid

De la cheminée

Sans doute qu'il

Ralentira

 

Tu le suis de ton oeil

Toujours un peu inquiet

Tu le guettes comme 

Le ferait un chat

Devant une souris

Tu l'attends au contour

 

On te parle mais déjà

Tu n'entends plus rien

Ton regard suraigu

Vient de te rendre sourd

 

Nous sommes cependant

Prêts de toi t'entourant

Pour tes derniers instants

A passer parmi nous

Et la vieille voisine

Fait semblant de pleurer

La tête enfoncée

Dans ses mains osseuses

Et les coudes posés

Au-dessus des genoux

 

 

Jacques Herman

2012

 

09:24 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

21/03/2012

Les mots vagues

Les mots vagues 

A nul autre pareils

Portent à jamais

L'écume des mers

 

Ils se balancent au gré

Des flux et des reflux

Sur lesquels aucun

D'entre nous n'a maîtrise

 

Il arrive parfois

Qu'ils se dissolvent tandis

Que les mots clairs

Et trop bien définis

Se brisent en tombant

Comme des plaques de verre

 

 

Jacques Herman

2012

 

 

09:23 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/03/2012

Ce n'est rien

Ce n'est rien

Juste un baiser de l'herbe tendre

Sur le cou de l'homme

Qui vient de s'effondrer

 

Ce n'est rien

Juste une larme versée

Par une passante

Près du corps

Qui vient de tomber

 

Ce n'est rien

Juste un peu de vent frais

Venu de l'autre bout du quai

Et qui vibre en sifflant

 

 

Jacques Herman

2012

21:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

17/03/2012

Le lac est gris

Le lac est gris

Et triste et beau

De Saint-Gingolph

A Meillerie

Et sans doute au-delà

Pareillement

Mais le Chablais vu d’ici

Comme une belle qui se dévêt

Ne se montre que

Parcimonieusement

 

Je devrais me lever

Ou bien pencher la tête

En direction d’Evian

Mais la fatigue aidant

Je contrains  mes yeux

A voir ce que je peux

Sans exécuter

Le moindre  mouvement

 

C’est ainsi qu’en demeurant

Assis sur ma chaise

J’aperçois exactement

Un carré de vignes du côté de Lutry

Du feuillage bruni

Et quelques maisons blanches

Et plus près de moi

Les toits de Pully

Et des peupliers

Qui bordent le Léman

 

 

Jacques Herman

2012

11:41 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

15/03/2012

Deux fenêtres ouvertes

Deux fenêtres ouvertes

Laissent échapper les cris

Issus pour les uns des ardeurs du plaisir 

Et pour d'autres des affres

Des douleurs infinies

 

Mais qu'importe puisqu'au soir

La rue

La cour

Et le jardin

Se fondent sans brocher

Dans la lumière exsangue

Des limbes de la nuit

Et que tout s'entremêle

Si confusément

Que l'on ne distingue plus 

Le chant des oiseaux

De la mélopée du vent

Ni l'appel au secours

Du râle d'un mourant

 

A l'aube on le sait

On ferme les fenêtres

Et la vie 

Redevenue banale

S'offre un nouveau visage

Impavide comme 

Un masque vénitien

Lisse 

Glacial

Et sans âge

 

 

Jacques Herman

2012

 

23:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

11/03/2012

Chacun des souvenirs

Chacun des souvenirs

Que nous portions au coeur

S'imprimait dans la neige

Au rythme de nos pas

 

Tu reconnus le pont

Je reconnus l'église

Et l'immense maison

Où nous avions vécu

Seule s'était plu

A nous faire faux bond

 

Nous avons retrouvé

Le parfum des tilleuls

Qui flotte toujours

Sur les bancs défraîchis

 

Nous avons sans rien dire

Avisé le plus vieux

Et nous nous sommes assis

En baissant les yeux

 

 

Jacques Herman

2012

 

23:16 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)