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03/06/2011

L'unique devoir

Le temps de mourir

De passer malgré soi

Au travers du miroir

Et de se coucher

Dans le noir

De l'autre côté

Dans des habits de deuil

Le teint cireux

Les yeux fermés

On prend froid

On voudrait éternuer

Mais on ne le peut pas

La mort est pleine

A ras bord

Des interdits du monde

D'où nous sommes issus

 

Aux vivants seuls

Le droit d'exister

De se manifester

D'agiter des drapeaux

De pleurer ceux

Qui sont partis trop tôt

Et qu'on ne verra plus

 

Aux vivants seuls

Le droit d'aimer

Le droit de maudire

Le droit de s'agiter

Pour un rien

Le droit au silence

Le droit à l'espoir

Ou à la désespérance

Le droit de rire

Ou de broyer du noir

 

La mort ne réserve

Qu'un unique devoir

Une seule fonction

La lente décomposition

A l'abri des regards

 

 

Jacques Herman

2010

09:37 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

02/06/2011

Objets inanimés

Du thé vert à la menthe

Juste une poignée

Pas davantage

Un pain de seigle valaisan

Une rose rouge

Pour ton corsage

Et le retour imprévu

De ton sourire d'antan

Pour toi qui maugrées

Un peu plus chaque jour

C'est assez étonnant

 

Une assiette pleine

A ras-bord de radis

Fraîchement cueillis

Qu'il faut encore laver

A cause de la terre

Qui s'y est accrochée

 

Ta carte d'identité

Depuis longtemps périmée

Une paire de ballerines roses

Un long ruban

Qu'il est urgent

De démêler

 

Du papier à lettre blanc

Mais qui a jauni

Un crayon dont la pointe est cassée

Une bougie que tu viens d'allumer

Et dont la flamme

S'est mise à trembler

 

La table est recouverte d'une toile cirée

Tu observes les objets

Qui viennent s'y refléter

Puis en baissant les paupières

Mais péremptoirement

Sans que le moindre doute

Ne vienne t'effleurer

Tu évoques l'âme

Des objets inanimés

 

 

Jacques Herman

2010

09:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

01/06/2011

Revanche

Soudain la ville expire

Doucement elle succombe

Elle va bientôt mourir

D'étouffement

Excitée à l'idée

De prendre sa revanche

La campagne pour l'heure

Délire

 

Gorgés d'espérance

Nous nous enfermons

Pour l'instant

Dans un profond silence

Et nous attendons

Que passe le temps

 

A notre aplomb déjà

Le soleil paraît

Nourri d'eau de jouvence

Et le ciel tout entier

Semble nous sourire

Le vent se fait caresse

Et la pluie elle-même

Rechigne à tomber

 

Le bonheur du monde

Enfin recouvré

Doucement nous inonde

Notre âme s'éclaircit

Et le bonheur

Que nous savons fragile

Abonde

 

L'un d'entre nous

Sans doute trop pressé

Crie déjà victoire

 

Mais quand tombe le soir

Une once d'hésitation

Vient nous troubler

Rien ici-bas

N'est jamais acquis

Et nous n'avons plus

Dans le creux de nos lits

Qu'à rêver

 

 

Jacques Herman

2010

 

13:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

31/05/2011

Parler

Parler pour faire parler

Se taire pour obtenir

Un moment de silence

Prier pour maintenir

En soi la vibrante présence

De l'esprit qui délire

Et frénétiquement

S'accroche à tout ce qui passe

L'amour

Les joies

Les heures claires ou pourries

Qu'emporte le vent

 

Laisser filer le temps

Comme dans le ciel

Les grands oiseaux blancs

Qui ne laissent leur trace

Sur nos rétines qu'un bref instant

 

Mourir pour donner suite

A la vie ici-bas

Sous un aspect qu'à ce jour

Nous ne connaissons pas

Mais que tu imagines

Quand assis près du feu

Tu observe les flammes

Qui dansent

Qui s'entortillent

Et qui évoquent le jeu

Parfois cruel des séductions

 

 

Jacques Herman

2010

 

12:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

30/05/2011

Mon verre est plein

Mon verre est plein d'une eau boueuse

D'algues verdâtres et de poissons

Dont je ne connais ni le nom

Ni l'espèce

 

Je le lève cependant

A la santé de ceux

Qui devant moi trépignent d'impatience

Puis je le vide d'un seul trait

Et m'écroule sur le tapis

 

Autour de moi des gens s'affairent

La lumière au plafond dense

Comme Isadora Ducan

Dans trois jours on l'enterre

Dit une voix surgie

Derrière un paravent

 

 

Jacques Herman

2010

10:23 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

29/05/2011

D'une poigne de fer

D'une poigne de fer

Il la tenait

Par les cheveux

Mais ils étaient si gras

Qu'elle glissa

Puis lourdement tomba

Par-dessus bord

Dans la vague écumante

 

On n'a jamais

Retrouvé son corps

 

Sans doute

A l'heure présente

S'est-elle dissoute

Dans l'eau de mer

 

Evanouie bientôt

De notre mémoire

Par nature infidèle

Son fantôme lui-même

Ne nous hanteras plus

Quand tombe le soir

 

 

Jacques Herman

2010

 

17:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

28/05/2011

Comme il arrive à l'ombre

Comme il arrive à l'ombre

De parler au soleil

Tu t'adresses au ciel

Pleine de suffisance

Et de désinvolture

 

Après un long silence

Parfois il te répond

 

Par simple politesse

Il arrive qu'il balance

Des propos anodins

De pure convention

 

Et sûre de toi-même

Tu te pavanes auprès

De tristes congénères

Toujours à l'affût

De nouvelles sensations

 

On te flatte

On t'honore

On te tresse des couronnes

Largement imméritées

Tandis que le ciel

A la tombée du jour

Plonge en rougeoyant

Dans l'hilarité

 

 

Jacques Herman

2010

17:12 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/05/2011

Frisson

Avec un long fil bleu

Et une aiguille d'acier

Immense

Démesurée

Le coeur meurtri

La main tremblante

Elle avait réuni

Le ciel et la terre

Pour dessiner à sa manière

Un nouvel horizon

 

La couture résista

Jusqu'à la rupture

Soudaine

Imprévue

En ce matin frileux

Et le spectacle

Aussitôt nous glaça

 

Ecarquillant les yeux

Nous ne pûmes réprimer

Un terrible frisson

 

 

Jacques Herman

2010

 

17:07 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

26/05/2011

Tous les dimanches ensoleillés

Tous les dimanches ensoleillés, hiver comme été, on le voyait ramasser des cailloux au bord de la rivière, les sécher dans un carré de tissu blanc, les empaqueter ensuite soigneusement l'un après l'autre dans un papier de fête qu'il entourait, finalement, d'un ruban coloré.

On le voyait redescendre à pas lents au village, parcourant les rues et distribuant les cailloux bien emballés aux petits enfants.

On disait de lui qu'il était fêlé, que sa raison semblait gravement altérée, mais qu'il ne semblait ni méchant, ni mal intentionné. Il suscitait au pire auprès des habitants un vague sentiment mélangé de commisération, d'empathie, de pitié.

Le manège dura presque toute l'année.

Le vieux moustachu, sourd et muet, reçut des sobriquets multiples et variés. En raison des cailloux d'aucuns l'avaient baptisé "l'abbé Pierre"  et conscient de son petit succès populaire, quoique toujours étonnamment secret, le dimanche en fin de journée, il quittait les lieux et regagnait la ville.

Personne ne s'était enquis de sa personnalité. Tout son profil se résumait en son ingénuité.

Un jour il disparut sans plus donner signe de vie. Jamais il ne reparut. Il manquait aux enfants et les parents pensaient qu'il était décédé.

L'effroi saisit les habitants lorsqu'un matin de printemps, par la presse régionale, on apprit qu'un vieux pédophile qui lui ressemblait étrangement venait de se faire arrêter.

 

 

Jacques Herman

2010

12:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2011

Dans le bourbier du temps

Dans le bourbier commun du temps

Nous pataugions à l'ombre

Du silence des dieux

 

Ils nous recouvraient du manteau

Inconfortable et lourd

Des heures sombres

Qui nous pesaient tellement

Sur nos épaules fragiles

Que nous nous enfoncions

Comme dans du sable mouvant

 

Du ciel nous n'attendions plus rien

Nous n'avions plus la moindre espérance

Mais sous nos pieds la terre gluante

Visqueuse

S'ouvrait béante

Et nous plongions

Les yeux mi-clos

Dans la nuit

Noire et glaciale

De nos désillusions

 

 

Jacques Herman

2010

09:47 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)