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28/05/2011

Comme il arrive à l'ombre

Comme il arrive à l'ombre

De parler au soleil

Tu t'adresses au ciel

Pleine de suffisance

Et de désinvolture

 

Après un long silence

Parfois il te répond

 

Par simple politesse

Il arrive qu'il balance

Des propos anodins

De pure convention

 

Et sûre de toi-même

Tu te pavanes auprès

De tristes congénères

Toujours à l'affût

De nouvelles sensations

 

On te flatte

On t'honore

On te tresse des couronnes

Largement imméritées

Tandis que le ciel

A la tombée du jour

Plonge en rougeoyant

Dans l'hilarité

 

 

Jacques Herman

2010

17:12 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/05/2011

Frisson

Avec un long fil bleu

Et une aiguille d'acier

Immense

Démesurée

Le coeur meurtri

La main tremblante

Elle avait réuni

Le ciel et la terre

Pour dessiner à sa manière

Un nouvel horizon

 

La couture résista

Jusqu'à la rupture

Soudaine

Imprévue

En ce matin frileux

Et le spectacle

Aussitôt nous glaça

 

Ecarquillant les yeux

Nous ne pûmes réprimer

Un terrible frisson

 

 

Jacques Herman

2010

 

17:07 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

26/05/2011

Tous les dimanches ensoleillés

Tous les dimanches ensoleillés, hiver comme été, on le voyait ramasser des cailloux au bord de la rivière, les sécher dans un carré de tissu blanc, les empaqueter ensuite soigneusement l'un après l'autre dans un papier de fête qu'il entourait, finalement, d'un ruban coloré.

On le voyait redescendre à pas lents au village, parcourant les rues et distribuant les cailloux bien emballés aux petits enfants.

On disait de lui qu'il était fêlé, que sa raison semblait gravement altérée, mais qu'il ne semblait ni méchant, ni mal intentionné. Il suscitait au pire auprès des habitants un vague sentiment mélangé de commisération, d'empathie, de pitié.

Le manège dura presque toute l'année.

Le vieux moustachu, sourd et muet, reçut des sobriquets multiples et variés. En raison des cailloux d'aucuns l'avaient baptisé "l'abbé Pierre"  et conscient de son petit succès populaire, quoique toujours étonnamment secret, le dimanche en fin de journée, il quittait les lieux et regagnait la ville.

Personne ne s'était enquis de sa personnalité. Tout son profil se résumait en son ingénuité.

Un jour il disparut sans plus donner signe de vie. Jamais il ne reparut. Il manquait aux enfants et les parents pensaient qu'il était décédé.

L'effroi saisit les habitants lorsqu'un matin de printemps, par la presse régionale, on apprit qu'un vieux pédophile qui lui ressemblait étrangement venait de se faire arrêter.

 

 

Jacques Herman

2010

12:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2011

Dans le bourbier du temps

Dans le bourbier commun du temps

Nous pataugions à l'ombre

Du silence des dieux

 

Ils nous recouvraient du manteau

Inconfortable et lourd

Des heures sombres

Qui nous pesaient tellement

Sur nos épaules fragiles

Que nous nous enfoncions

Comme dans du sable mouvant

 

Du ciel nous n'attendions plus rien

Nous n'avions plus la moindre espérance

Mais sous nos pieds la terre gluante

Visqueuse

S'ouvrait béante

Et nous plongions

Les yeux mi-clos

Dans la nuit

Noire et glaciale

De nos désillusions

 

 

Jacques Herman

2010

09:47 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2011

A coups de pieds

L'été porte beau

Bavard

Brillant

Ses jours se lèvent tôt

Se couchent semble-t-il

Au tout dernier moment

Il suscite à vrai dire

Un certain agacement

Et quelque jalousie

 

L'été par nature parade

Aussi longtemps

Que l'automne ne

Le chasse du pied

Le prie de se hâter

De lever les voiles

Et de quitter les lieux

 

Le printemps seul

Accepte la succession

Imparable de

La belle saison

Et l'hiver chargé de

Son propre silence

Systématiquement

Fait montre d'indifférence

 

 

 

Jacques Herman

2010

09:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

23/05/2011

Une étoile sodain

Le passé derrière nous

S'étire paresseux

Comme un ruban noueux

Qu'on voudrait repasser

Ou le linceul froissé

Qui recouvre le corps

D'une portion du temps

 

Rien de l'instant présent

N'interpelle plus

Et les jours à venir

S'annoncent brouillardeux

 

Une étoile soudain

Surgit dans le ciel

A notre aplomb

Nous nous mettons

A prier les dieux

La tête baissée

Les rotules à terre

Pour qu'elle se délite

Et tombe

En poussière

A nos pieds

 

 

Jacques Herman

2010

09:38 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

22/05/2011

Brin d'espoir

Il reste sur la table

Un petit brin d'espoir

Que j'avais acheté

La veille au soir

Dans une boutique

Du quartier

 

Deux sous c'est le prix

Que j'ai dû payer

Pour arrêter enfin

De broyer du noir

 

Je le touche à peine

Du bout du doigt

Le voilà qui brille

Comme au soleil

Un ostensoir

 

Il m'aveugle au point

Que je l'empoigne d'un geste

Brusque de la main

Je l'écrase

Je le broie

Et je me verse un verre de vin

 

 

Jacques Herman

2010

18:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4)

21/05/2011

Nous ne serions pas nés

Un seul regard porté

Sur l'urne funéraire

M'a suffi pour comprendre

Que sa mise en terre

De si courte durée

Aurait pu te plaire

 

Te voilà donc rendu

A l'humble poussière

D'où nous sommes issus

Et dont jamais

Comme tu l'affirmais

La vie aurait dû

Un jour nous extraire

 

Nous ne serions pas nés

Que n'aurions rien su

Des querelles

Des guerres

Du sang versé

Pour la patrie

Ou des fumisteries

Qui nous tiennent éveillés

 

Nous aurions tout ignoré

Des dieux du ciel

Ou des enfers

Du monde créé

De l'acharnement

A nous attacher

Aux valeurs éphémères

De la vie qui finit

Par nous échapper

Pareille à la mouche bleue

Devant la main qui tente

Obstinément

De l'attraper

 

 

Jacques Herman

2010

08:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

20/05/2011

Laisse le monde à son repos

Ne réveille pas le vent qui dort

Ni le fleuve qui comme un chat

S'étire avant de tomber

Dans les bras de la mer

 

Ne réveille pas les heures

Douloureuses du passé

Ni les cadavres gisant

A l'ombre des cyprès

 

Ne réveille pas les fleurs fanées

Ni les amours éteintes à jamais

Ni l'enfant dans son berceau

Ni le soldat inconnu

Ni la tortue en hibernation

 

Laisse le monde à son repos

Ne te mêle de rien

N'active jamais le feu

Qui couve sous la cendre

 

Couche-toi dans l'herbe tendre

Ouvre grand les yeux

Sur la voûte du ciel

Et sans broncher tends l'oreille

Aux rumeurs de saison

 

 

 

Jacques Herman

2010

07:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/05/2011

Qohéleth

Tout n'est que vanité

Souffle éphémère du vent

Brève incandescence

 

La sombre aubergine

La tomate bien mûre

Le raisin de Corinthe

Les feuilles de laitue

Elles-mêmes

Vous le diront

Bien mieux que moi

Qui garde le silence

Et qui à l'image

Des singes et des lions

Tourne en rond dans ma cage

 

Il me plairait de rompre

Les cordes et les noeuds

Qui mes bourreaux m'imposent

Et qui me lient contre mon gré

Aux futilités

Imbéciles du monde

 

Je rêve d'oubli

D'effacement

De gommage

De dissolution

De mon être avant terme

 

La sombre aubergine

La tomate bien mûre

Le raisin de Corinthe

Les feuilles de laitue

Elles-mêmes

Bien mieux que moi

Vous l'expliqueront

 

A défaut vous pouvez

Sans crainte vous adresser

Aux vieilles filles nues

Qui la nuit venue

A la belle saison

Se risquent à parcourir

Les rues  glauques

De la ville

Et dont les ombres géantes

Glissent

Comme des fantômes démesurés

Sur les façades des maisons

 

Elles vous parleront

Sans  les y forcer

Du malheur d'être né

Comme chaque jour

En ces lieux le répètent

La sombre aubergine

La tomate bien mûre

Le raisin de Corinthe

Et les feuilles de laitue

 

 

00:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3)