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20/02/2011

Je te laisse à ton désert

Le hasard c’est la rencontre

Inattendue

Surprenante

De mon poing et de ton nez

 

Le sang qui l’entoure

Pourrait donner à croire

Que tu viens de te farder

 

Tu t’accroches au parapet du pont

Qui enjambe la rivière

Canalisée en ces lieux

 

Tu te crois épié

Depuis les fenêtres

Des maisons chaulées

De la ville sucrière

 

Je te laisse à ton désert

Qui te sert de jardin secret

 

Tiens voilà ta soeur

Ce n’est pas trop tôt

Plus elle hâte le pas

Plus elle sue

On dirait un rat

Qu’on a sauvé des eaux

Et qui pue

 

 

 

Jacques Herman

2010

14:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/02/2011

Comme on cueille des fraises

Des lettres explosent

Dans le gris du ciel

Et trouent les nuages

Une fraction de temps

Puis leurs débris retombent

Comme la poussière d’étoiles

Qui hésitent à se poser

Peut-être à cause du vent

Nous les récolterons

Précautionneusement

Comme on cueille des fraises

Dès la fin du printemps

Jacques Herman

2010

14:43 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/02/2011

Tableau marin

Voici des coups de pinceau

Vains comme des coups

D'épée dans l'eau

 

Voici les dégâts

Des coups de tabac

Sur le port

 

Voici des mouettes dont le corps

S'est allégé de l'âme

Et repose dans le sable fin

 

Et voici tout autour de nous

Dans l'air marin

Que  ponctuent

Des parfums de femmes

Depuis longtemps disparues

Des images flottantes

Fragiles et tremblantes

Qui semblent se profiler

Au-dessus de la plage

 

Voici des drames de la mer

Que l’on tait

Par pudeur

 

Voici des espoirs déçus

Des regrets

Des remords

Des naufrages

Et les noms des marins et des pêcheurs

A jamais disparus

 

Voici des voix que l’on pourrait entendre

Si l’on tendait l’oreille

Mais on s’y refuse

Par gêne

Par honte

Par dépit

Ou par l’incommensurable peur

De remuer des cendres

 

 

Jacques Herman

2010

14:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

17/02/2011

Ils sont debout

Ils sont debout

Derrière le mur

Silencieux

Comme la mer

Que le gel aurait figée

 

Silencieux comme le vent

Depuis deux jours en grève

A ce que l’on dit

Contre la hausse des prix

Et les bas salaires

 

Silencieux  comme le chat

Dont le corps se délite

Légèrement en contrebas

De la grand-route

Dans l’herbe humide du fossé

 

Que la première étoile

Qui oserait crier

Ce soir en naissant

Prenne bien garde à moi

 

Le sourire crispé

J’étendrai les mains vers elle

Si haut que de mes doigts

Je l’étranglerai

 

 

 

Jacques Herman

2010

 

12:24 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/02/2011

Et si nous quittions

Et si nous quittions

Les lieux de mémoire

Déserts

Inhabités

Inhospitaliers

 

Et si nous nous attachions

La ceinture bouclée

Aux nuages en errance

Et qu’à leur oreille

Nous leur murmurions

De secrètes destinations

 

Sans doute nous conduiraient-ils

En des coins incertains

Fleuris comme

Des balcons allemands

Et nourris de silence

Où nous tisonnerions

Les cendres de l’amour

Dans des ornières profondes

Creusées par le temps

 

Foin de gloire

Et de reconnaissance

Foin de lucre

Et foin des souffrances

Que jusqu’à ce jour

Imbus de nous-mêmes

Nous véhiculions

 

 

Jacques Herman

2010

 

23:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3)

15/02/2011

Bonjour

C’est un pot de confiture

De gelée de coing

Dis-tu


Bonjour petit pot

Bonjour la table sous le pot

Bonjour le consommateur

La cuiller à la main

Le bavoir au cou


Bonjour le chat

Bonjour l’oiseau qui vient

Se poser sur l’appui de fenêtre

Et nous observe peut-être

A moins qu’il ne guette

La moindre miette

Tombée du balcon voisin


Bonjour le temps

Qui passe inaperçu

Bonjour la fille nue

Qui bronze dans le jardin


Jacques Herman

2010

17:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

14/02/2011

Que de temps n'ai-je passé

Que de temps n’ai-je passé

Dans le jardin à compter les fleurs

Les arbres et les couleurs

De l’arc-en-ciel de nos journées

 

Je me souviens de l’aboiement

Du labrador de nos voisins

De la vitre cassée

Au deuxième étage

De la fiente des pigeons

Sur le toit du pigeonnier

Des murs chaulés

Des plants de tomates

De la cabane à outils

Et de l’étang si petit

Qu’on pouvait l’enjamber

 

Je me souviens des hortensias bleus

Du sureau

Du sapin de Noël qu’on avait dépoté

Et de l’odeur des œufs

Que l’on croyait brouillés

Mais qui s’entendaient

Comme larrons en foire

 

Et je me souviens de cette heure du soir

Qui se prépare à l’accueil de la nuit

Et me trouble depuis

Comme si tout devait

Soudain s’arrêter

 

Jacques Herman

2010

 

15:07 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

13/02/2011

Petit magicien

Prendre une paire de ciseaux

Découper le monde le long du pointillé

Le coller sur une feuille de papier

Froissée

Jaunie

Que d’un geste il suffit

De déchirer en deux parties égales

 

 

Nommer l’une Occident

L’autre Orient

Et puis se noyer dans l’étang

Peu profond

Mais plein d’une vase

Obscure et malodorante

 

 

En cours d’agonie

Faire discrètement appel

Au petit magicien

Qui sommeille en chacun de nous

Pour renaître à la vie

Et s’extraire de la boue

 

Réintégrer l'univers

Des vivants qui découpent

Le monde le long du pointillé

Et le collent sur une feuille de papier

Froissée

Jaunie

Que d’un geste il suffit

De déchirer en deux parties égales

Mais sans avoir l’outrecuidance

De les nommer

 

 

 

 

Jacques Herman

2010

15:02 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/02/2011

Jusqu'au matin

Les heures s'allongent à mesure

Qu'on les étire

Pourquoi nous obligeons-nous

A les bourrer d'ennui

Dit-elle en tricotant

Une écharpe de laine rouge

Tandis qu'un diablotin

Noir et velu

Tourne autour d'elle

Comme une hélice

 

Le temps chatouille

Tout ce qui bouge

A nos côtés

L'accable de rides profondes

Le recouvre de la même poussière

Fine et légère

Que celle qui lentement glisse

Sur nos épaules fatiguées

Descend jusqu'à toucher

Le sol et nous met à genoux

 

Imprégnés d'âcres odeurs

Imbibés de lourd parfums

Nous demeurons figés

Comme les pierres

Les cailloux

Les rochers

 

Quelque forts que soient les dieux

Pour nous maintenir en vie

Nous finissons cependant

Par nous écrouler

 

La vieille arrête de tricoter

Se prend la tête dans les mains

Se remémore le passé

Puis elle s'endort

Jusqu'au matin

 

 

Jacques Herman

2010

 

11:51 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

11/02/2011

Assise au bord de tes rêves

Tu t'es assise au bord de tes rêves

Ni les dieux dans le ciel

Ni les hommes ici-bas

N'ont pu te relever

 

Tout espoir semble dilué

Dans le sombre combat

Des pensées

Qui t'inondent

Et dans l'opacité

De tes désirs inassouvis

 

Ah me dis-je il faudra bien

Qu'un jour on en finisse

Et la réponse me vint

Soufflée par le vent

 

Ce n'est dit-il qu'au prix

De l'oubli de soi-même

Que l'on survit aux bruits

Aux soubresauts du monde

Comme au désespoir

Qui nous envahit

 

Je t'ai rapporté

Sur un plateau d'argent

La réponse du vent

 

Il ne te reste plus

Qu'à l'écouter aussi

 

 

Jacques Herman

2010

14:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)