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26/02/2011

Terre labourée

On peut lire sur les lèvres

De la terre labourée

Des langues rosâtres

Vont surgir bientôt

Des sillons tracés

Comme des offenses

Silencieuses

Mais bien orchestrées

A l’égard du ciel

A défaut de pouvoir

Lui faire des pieds de nez

La terre humide et nue

Très volontiers dirait

Aux dieux tout le mal

Qu’elle nourrit

A leur égard

Complice la charrue

L’appuierait

La soutiendrait

Dans ses récriminations

Mais l’heure propice

N’est pas encore venue

Et ’altercation

Est remise à plus tard

Jacques Herman

2010

10:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

25/02/2011

Que cherchent tes mains

Que cherchent tes mains dans la nuit

Sans lune

Dont les étoiles ont fui

Et où ne demeurent que

Le brouillard épais de l’ennui

L’espoir endormi

Et quelques contes à dormir debout

 

S’accrochent-elles au vent qui souffle

Sur les grands sapins noirs

Des Ardennes

Que la neige va recouvrir

De son poids de silence

 

Se tendent-elles en direction des dieux

Maîtres du temps

Qui se dérobent à la vue

Mais te font parfois signe

Dis-tu

Comme si ta désespérance

Se résolvait en eux

 

Je t’observe du coin de l’œil

Assis sur le seuil

D’une maison voisine

Et j’attends

 

 

Jacques Herman

2010

 

 

 

 

 

12:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

24/02/2011

Le coeur de la campagne

Le cœur de la campagne

Bat au rythme effréné

D’incessants bêlements

De poètes mielleux

Qui tentent de la chanter

En  vers doucereux

Aux rimes forcées

 

Pleines d’elles-mêmes

Comme à l’accoutumée

Les métaphores grasses

Tombent dans la poussière

Dont les champs

Sans l’avoir voulu

Se trouvent recouverts

Et ne se débarrasseront

Sans doute plus

Avant les labours

De la prochaine année

 

 

Jacques Herman

2010

12:06 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2011

Partout chez moi

Je suis partout chez moi

Pourvu

Que je sois seul avec moi-même

Dans la ville pourrie

Le village endormi

La forêt prochaine

Les parfums de lilas

Les relents de viande avariée

Il peut pleuvoir des cordes

Ou geler à pierre fendre

Et le soleil peut me brûler la peau

Je suis partout chez moi

Pourvu

Que je sois seul avec moi-même

Qu’importe si les ombres familières

Les heures solennelles

Les grandeurs

Les misères

M’attendent au tournant

Qu’importent les mots que je sème

A tous vents

Je suis partout chez moi

Pourvu

Que je sois seul avec moi-même

Depuis l’aube des temps

La mort nous aspire

L’un après l’autre

Chacun pour soi

On meurt toujours seul

Quand bien même entouré

D’une cour en attente

Comme meurent les rois

Jacques Herman

2010

11:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

21/02/2011

Des voix qui rossignolent

Des voix qui rossignolent

Surgissent dans le Bois des Pendus

Se gonflent au vent

Et s’élèvent comme des ballons

Gonflés jusqu’aux limites

Extrêmes de l’éclatement

L’une d’elle dérive

Se détachant du lot

Puis disparaît au grand dam de l’enfant

Qui tente vainement

De la suivre des yeux

Les autres pour l’instant

Demeurent rigoureusement

Groupées

En une grappe colorée

Qui se rapetisse à mesure

Qu’elle s’éloigne de nous

Le silence désormais

Nous recouvre du dais

De l’indifférence

C’est l’heure me dit quelqu’un

De laisser les sapins

A leur somnolence

Le soir va tomber

Nous reviendrons demain

En fin de journée

Jacques Herman

2010

15:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

20/02/2011

Je te laisse à ton désert

Le hasard c’est la rencontre

Inattendue

Surprenante

De mon poing et de ton nez

 

Le sang qui l’entoure

Pourrait donner à croire

Que tu viens de te farder

 

Tu t’accroches au parapet du pont

Qui enjambe la rivière

Canalisée en ces lieux

 

Tu te crois épié

Depuis les fenêtres

Des maisons chaulées

De la ville sucrière

 

Je te laisse à ton désert

Qui te sert de jardin secret

 

Tiens voilà ta soeur

Ce n’est pas trop tôt

Plus elle hâte le pas

Plus elle sue

On dirait un rat

Qu’on a sauvé des eaux

Et qui pue

 

 

 

Jacques Herman

2010

14:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/02/2011

Comme on cueille des fraises

Des lettres explosent

Dans le gris du ciel

Et trouent les nuages

Une fraction de temps

Puis leurs débris retombent

Comme la poussière d’étoiles

Qui hésitent à se poser

Peut-être à cause du vent

Nous les récolterons

Précautionneusement

Comme on cueille des fraises

Dès la fin du printemps

Jacques Herman

2010

14:43 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/02/2011

Tableau marin

Voici des coups de pinceau

Vains comme des coups

D'épée dans l'eau

 

Voici les dégâts

Des coups de tabac

Sur le port

 

Voici des mouettes dont le corps

S'est allégé de l'âme

Et repose dans le sable fin

 

Et voici tout autour de nous

Dans l'air marin

Que  ponctuent

Des parfums de femmes

Depuis longtemps disparues

Des images flottantes

Fragiles et tremblantes

Qui semblent se profiler

Au-dessus de la plage

 

Voici des drames de la mer

Que l’on tait

Par pudeur

 

Voici des espoirs déçus

Des regrets

Des remords

Des naufrages

Et les noms des marins et des pêcheurs

A jamais disparus

 

Voici des voix que l’on pourrait entendre

Si l’on tendait l’oreille

Mais on s’y refuse

Par gêne

Par honte

Par dépit

Ou par l’incommensurable peur

De remuer des cendres

 

 

Jacques Herman

2010

14:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

17/02/2011

Ils sont debout

Ils sont debout

Derrière le mur

Silencieux

Comme la mer

Que le gel aurait figée

 

Silencieux comme le vent

Depuis deux jours en grève

A ce que l’on dit

Contre la hausse des prix

Et les bas salaires

 

Silencieux  comme le chat

Dont le corps se délite

Légèrement en contrebas

De la grand-route

Dans l’herbe humide du fossé

 

Que la première étoile

Qui oserait crier

Ce soir en naissant

Prenne bien garde à moi

 

Le sourire crispé

J’étendrai les mains vers elle

Si haut que de mes doigts

Je l’étranglerai

 

 

 

Jacques Herman

2010

 

12:24 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/02/2011

Et si nous quittions

Et si nous quittions

Les lieux de mémoire

Déserts

Inhabités

Inhospitaliers

 

Et si nous nous attachions

La ceinture bouclée

Aux nuages en errance

Et qu’à leur oreille

Nous leur murmurions

De secrètes destinations

 

Sans doute nous conduiraient-ils

En des coins incertains

Fleuris comme

Des balcons allemands

Et nourris de silence

Où nous tisonnerions

Les cendres de l’amour

Dans des ornières profondes

Creusées par le temps

 

Foin de gloire

Et de reconnaissance

Foin de lucre

Et foin des souffrances

Que jusqu’à ce jour

Imbus de nous-mêmes

Nous véhiculions

 

 

Jacques Herman

2010

 

23:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3)