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12/12/2010

Ambre solaire

Je disais que ta peau

Avait l’odeur de la mer

Mais c’était le parfum

De l’ambre solaire

Mêlé au goût du sel

J’aurais voulu compter

Les grains de sable collés

Sur tes seins

Ton ventre

Tes avant-bras

Tes genoux

Mais les dieux locaux

Ne m’en ont pas laissé le temps

Nos chemins de vie

Se sont séparés

Un jour tu es partie

T’établir à Plouhinec

Dans le sud du Morbihan

Je me suis installé

Sous le ciel de Ligurie

Dans la province de Savone

Sur la Riviera du Ponant

J’ai vu ta photo

Dans les journaux

Le lendemain de ton accident

Jacques Herman

2010

10:54 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

11/12/2010

Je suis née avant-hier

Je suis née avant-hier dans l'eau glaciale du torrent comme une plante dans le désert.  J'ai grandi en deux jours dans la lumière du printemps. La saison touchait à la fin de son parcours. Quelques heures m'ont suffi pour voir le monde autour de moi.

- Que l'univers est laid! dis-je à ma voisine, très âgée, dont j’ignorais qu’elle existât. D’emblée, elle m’approuva.

Ensemble nous résolûmes de nous replonger dans l'eau. Nous pérîmes noyées, mais de nouvelles  idées surgissent en tout temps de l'eau glaciale du torrent.

Jacques Herman

2010

22:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/12/2010

Raser les murs

A peine l’aube a-t-elle pointé le bout de son nez, le voilà qui sort de chez lui, ferme la porte à clé, puis regarde fixement ses pieds et rase les murs, très méticuleusement.

Il les racle littéralement, emportant avec lui des débris de mousse et de la poussière grisâtre.

La manche droite de son manteau se plaint du frottement et jalouse la gauche.

Alors, toujours soucieux d’éviter des conflits , il traverse la rue et poursuit son cheminement sur le trottoir d’en face. La droite sourit. C’est à son alter ego d’endurer la souffrance.

L’équilibre parfait semble à présent atteint. Le manteau tout entier, satisfait de la parité, se résout au silence.

Jacques Herman

2010

13:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/12/2010

Bonjour la mort

Bonjour la mort je te salue

Je t’ouvre ma porte et je te souhaite

La plus cordiale bienvenue

 

Prends place ici

Sur ce divan

Buvons un verre à la santé

Du temps qu’il te plaît d’arrêter

D’un coup de faux

 

Voici  du sable blanc

Récolté sur la plage

Où nous nous sommes croisés

Je l’ai pieusement conservé

En mémoire de toi

 

Voici des pétales de rose

Que j’ai mis à sécher

Entre les pages d’un livre

Indigeste que je ne lirai pas

 

Voici les aiguilles

D’une horloge

Qui s’est  arrêtée

Depuis plus de dix ans

 

Voici un bocal

Qui contient un enfant

A l’état fœtal

 

Dis-moi

La Mort

Ce que tu attends

 

 

Jacques Herman

2010

15:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/12/2010

Au bord de la route

Nous nous étions assis au bord de la route dans la bise mordante d’un dimanche après-midi. Nous devisions du temps et du mortel ennui dans lequel sciemment les dieux nous avaient plongés. Nous nous demandions pourquoi nous étions plantés là dans l’intensité du froid de l’hiver finissant.

L’un de nous tira de sa poche un couteau suisse et fit mine de se trancher la gorge. Un autre se mit à compter les anges qu’il crut apercevoir planant au-dessus de Saint-Barthélemy.

La femme la plus âgée tremblait comme une feuille , soutenant avec assurance qu’elle allait bientôt se détacher de la branche et qu’elle était à la merci du vent.

Une jeune blondinette, qu’on eût dit issue d’un tableau de Renoir, débitait en d’infimes morceaux un immense ruban noir avec de tout petits ciseaux.

Oswald, comme toujours, observait ses pieds sans piper mot. Parfois, il dodelinait du chef comme pour remettre en place des idées qu’il conservait jalousement pour lui, tandis que sa mère, qui frisait les soixante-dix ans, se concentrait encore et toujours sur un même tricot brun-clair strié de blanc.

Deux garçonnets dénombraient les voitures. Le premier les grises, le second les ambulances.

On vit passer deux vélos sans cyclistes.

L’un de nous se leva pour dire qu’il détestait le dimanche.

Jacques Herman

2010

11:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

07/12/2010

Vingt litres d'encre noire

Vingt litres d'encre noire répartis équitablement dans de pots. De longs pinceaux dans chacun d’eux et plusieurs dizaines d'immenses feuilles de papier blanc à même le sol.

C’est le jour du marché!

Inviter les passants à écrire n'importe quoi. Les mots ne doivent pas entretenir plus de rapports entre eux que des voisins de palier.

Vers midi, les découper avec de grands ciseaux. Monter ensuite au clocher de l'église et les laisser planer comme des oiseaux, tandis qu'un comparse déguisé en prélat, au pied de la tour, les aligne dans l'ordre de leur arrivée.

Demander au passants de suggérer des associations. Le cas échéant, ajouter un verbe, un adjectif, une préposition, et proclamer qu'il s'agit d'un poème collectif qui sera terminé à l’heure des vêpres.

Les rimailleurs poussifs et laborieux s'en retourneront chez eux, amers, aigris,  taquiner leur muses vieillottes et encroûtées qui ressemblent un peu au chien de Salamano.

Jacques Herman

2010

10:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

06/12/2010

Il respire en silence

Il respire en silence

Ne bronche pas

Se remémore le jour

Qu’il revoit plein

De brume légère

Froide comme l’hiver

Et striée d’oublis

Il veille ce soir

A n’être pas vu

Se mettant à l’abri

Des reflets vieux rose

Du soleil couchant

Secrètement

Il espère toujours

Qu’une main se pose

Sur son épaule

Ou vienne frapper

A sa porte

Au milieu de la nuit

 

01:09 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

05/12/2010

Tu me parlais de toi

Nous  marchions côte à côte dans la lumière froide d'un matin d'hiver.

Tu me parlais de toi et de la misère, de la tristesse profonde et du désarroi que tu semais chaque jour sur ton passage. Du combat que tu menais pour tatouer le temps de tes doigts pâles et osseux. De la barque fragile que tu conduisais debout jusqu'au rivage brumeux où tu déposais l'un après l'autre les corps des victimes prises au filet que tu traînais derrière toi en tous temps, en tous lieux. Du poids de ton manteau sur tes épaules glacées. De la gangue pourrie qui gît au fond de l'eau. Tu me parlais du bonheur profond  des charognards autour des prisons, des hôpitaux, des champs de bataille, des marécages. La solitude imposée. La douleur incontrôlable. L'avenir déchiré.

Puis, me perçant de ton regard couleur d'étang, tu te dévêtis soudain de ce linceul qui te servait d'habit. Je ne sais à quel prix je pus me libérer de toi mais j'ai fui en prenant mes jambes à mon cou. J'ai cru sincèrement échapper à tes avances mais tu as fini per me rattraper alors que je baignais encore dans mes illusions et ma coupable   ignorance.

La mort finit toujours par gagner.

Jacques Herman

12:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

04/12/2010

Trois grosses poules

L’ivrogne s’est couché dans l’herbe bleue du parvis de l’église.

Pourquoi parle-t-il tout seul ? Pourquoi fait-on comme s’il n’existait pas, comme s’il n’était qu’une ombre que l’on peut impunément piétiner. ? Et qu’importerait si, contre toute attente, l’ombre se mettait à saigner ?

- A qui s’adresse-t-il ? demande à sa mère un petit blondinet décoiffé par le vent.

Elle tire vers elle d’une main ferme l’enfant qui tend l’oreille puis qui soudain s’exclame :

- J’ai tout entendu !

Il a dit :« Tant va la poule à l’eau qu’à la fin elle se mouille les ailes et les cuisses et le bec. Alouette. Gentille alouette. »

- Regarde ! répond la maman. Il s’est endormi !

Le saoûlon dort, effectivement. Trois grosses poules sorties de nulle part, une blanche et deux brunes, tournicotent autour de lui.

Jacques Herman

09:47 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

03/12/2010

Il a fait son deuil

Il a fait son deuil comme l’oiseau fait son nid. Solide et douillet, petit à petit.

On l’a vu au début, tout de noir vêtu, puis il a préféré le gris. Le temps passant, il s’est graduellement mis aux couleurs vives : vermillon, cæruleum, auréoline, bleu de phtalo.

Dans le creux de son deuil, il aurait même pondu des œufs, s’il faut croire tout ce qu’on dit.

 

Jacques Herman

19:02 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)