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26/11/2010

Le donneur

Dans l’ombre glorieuse de l’anonymat

Tu t’es glissé dans un corps inconnu

Parce que tu l’as voulu

Tu l’as sauvé du trépas

Et depuis

La vie au-delà de toi

Se poursuit comme

Un trait de lumière

Une zébrure

Un éclair

Dans la noirceur des nuits

Les éclats d’amour

Qui sont l’or des dieux

Te survivent en lui

Jacques Herman

01:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

25/11/2010

Pour me faire une surprise

Dans le silence, soudain deux trous : un do majeur, un mi bémol. C’est le début de l’envol des cloches de Notre-Dame vers on ne sait où. Elles se rendent à Rome, me dit ma mère. Un voisin prétend qu’au contraire elles filent vers le Nord.

Le mardi, autour des quatorze heures, je croise, en principe, le curé qui débute alors sa tournée dans la paroisse. Un homme discret, pudibond. On prétend parfois qu’il a n’a d’intérêt que pour les petits garçons. Mais là n’est pas, aujourd’hui, le propos. En l’occurrence, je ne cherche qu’à connaître l’intention des cloches en partance.

Je l’interrogerai, je le tarauderai ; je ne lui lâcherai les basques que si j’obtiens une réponse. Une réponse solide, bien étayée, limpide avec des arguments valides, consistants, acceptables par la raison.

Je m’écrirai alors une lettre où j’alignerai méticuleusement ses explications. Quand le facteur me l’apportera, je feindrai d’ignorer que je me la suis moi-même adressée. Je la conserverai, soigneusement fermée, jusqu’au jour lointain où je me déciderai à l’ouvrir pour me faire une surprise.

Jacques Herman

2020

11:48 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

24/11/2010

Contre le mur

Le Verbe a surgi comme une fée qui troue l’ombre. On l’a vu qui planait au-dessus de la mer.


Puis il a survolé la plage, la digue et les polders, enfin les villes et les villages très loin à l’intérieur des terres.


Il volait comme un aigle, dans un profond silence.

 

Mais soudain cherchant à se pavaner près du sol, il est venu se fracasser contre le mur immense du dédain, de la superbe et de l’orgueil des hommes, conçus à son image et à sa ressemblance.


Jacques Herman

2010

02:33 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

23/11/2010

Une pensée me poursuit

Une pensée me poursuit. Depuis ce matin. Elle ne me lâche pas d’une semelle. Je me cache d’elle, rien n’y fait : elle finit toujours par retrouver ma trace.

Je ruse. J’accentue l’espace qui nous sépare, espérant la semer mais elle arrive encore à me retrouver. J’avise une porte cochère, la face arrière d’un magasin, les arcs-boutants de la cathédrale. En vain. Je me fonds dans la foule anonyme du marché, je me faufile dans les rues basses et profite de leur obscurité, je m’attable dans le fond d’un bistrot mal éclairé. La pensée est là qui me guette, qui me suit pas à pas. Je me sens pris au piège, inéluctablement cerné. A présent la voilà qui me nargue, qui fanfaronne, qui se pavane, qui plastronne. Pressante, insistante, elle bombe le torse. Sa nature même l’empêche d’abdiquer.

Le soir va bientôt tomber. Épuisé, je m’avoue vaincu enfin. Je me soumets, m’assujettis, je me laisse dominer par elle et je la vois qui me sourit.

Jacques Herman

2010

16:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

22/11/2010

Personne ici n'en a cure

Dans la chair épaisse du limon gras des terres brabançonnes, un filet d’eau verte se frayait un chemin. Il se noya dans les bras d’un ruisseau boueux bordé d’herbes, qui portait un nom à coucher dehors et qui l’entraîna, plein de tendre douceur dans une rivière qui le cracha, beaucoup plus loin, dans la gueule ouverte de l’Escaut qui l’emmena jusqu’à la mer.

On ne sait ce qu’il advint de lui. Personne ici n’en a cure. Moi non plus. Aujourd’hui, le soleil luit, et cela fait longtemps qu’on ne l’avait plus vu.

Jacques Herman

2010

14:56 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

21/11/2010

Des dormeurs qui montent la garde

Des dormeurs qui montent la garde, debout, noyés dans l’immensité des rêves dont se nourrissent les nuits. Des dormeurs dont on se demande - à juste titre – s’ils respirent encore. Dame ! un passant vient de lancer le bruit qu’ils sont morts. Je m’approche de l’un d’eux. Je rassure à voix basse mes voisins : « celui-ci est vivant ! ». Je m’approche alors du second. Il a ce visage diaphane de la Venise matinale, les yeux cernés d’une ombre bleutée que souligne la noirceur des cils et des sourcils. Je tends l’oreille, je guette un souffle, même ténu, qui sortirait de ses narines. « Celui-là dort pour de bon », dis-je à ceux qui m’entouraient. Mais, tandis que je parlais, je vis les doigts de sa main droite gantée de coton blanc, qui s’agitaient si doucement qu’on eût pu croire avoir mal vu.

 

J’esquissai, je crois, sans autre raison qu’un léger frisson qui me parcourait l’échine, l’amorce d’un mouvement de recul.

 

Une femme énorme dont le corsage menaçait de craquer, s’approcha de moi, me tendit un flacon en verre opaque, soigneusement étiqueté. Sans instruction de sa part, je déchiffrai seul dans mon coin ces lettres calligraphiées d’un autre âge, trecées à l’encre sépia : « Peyotl, la plante qui fait les yeux émerveillés ». La femme disparut.

 

Dans les secondes qui suivirent les tois coups de quinze heures, les deux gardes se réveillèrent en s’étirant, puis deux autres soldats qui portaient une pelure à l’identique s’approchèrent pour les remplacer.

 

 

Jacques Herman

2010

 

 

13:01 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

20/11/2010

Fragile et sépulcral

Fragile et sépulcral, les yeux grands ouverts rivés sur l’angoisse qui plane à deux doigts du plafond sous l’aspect d’un voile noir bordé de violet, il attend, livide, la main secourable d’un dieu quelconque d’un Olympe local qui pencherait enfin sur lui un regard amical et compatissant.

Mais la douleur devient lancinante et le délire obsédant.

Entre des éléphants, des diablotins endimanchés, des profils sans cesse se métamorphosant, des gouttes de sueur perlent aux murs de la chambre d’hôpital.

Dehors, dans le couloir immense, on attend.

Jacques Herman

2010

13:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/11/2010

Hugo Victor de Bogota

Bonjour

Je m'appelle Hugo

Victor

Je demeure

Douze

Avenue des Bégonias

Dans le quartier pauvre

De Bogota

C'est loin

Très loin d'ici

A l'autre bout du monde

Bien au-delà des mers


Je vis avec une fille blonde

Et la cousine de sa mère


Les soirs de pluie

Et les nuits d’orage

L’une et l’autre se promènent

Dans les rues

Nues comme des vers


Dans le ciel au-dessus de nous

Perturbés dans leur vol

Des oiseaux migrateurs

Nous demandent parfois

De leur indiquer l'heure

Et la direction

Du soleil couchant

Jacques Herman

2010

20:23 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/11/2010

Les herbes tendres

Dans les placards

Les herbes tendres

Se colorent de gris

Comme l’ennui

D’un jour qui s’étire

Comme les nuages filandreux

Qui flottent

Au-dessus de la mer

Et qui jalousent

Son teint bleu-vert

Et son écume blanche


Les herbes tendres

Durcissent en séchant

A l’ombre de la vie

Jacques Herman

2010

14:26 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

17/11/2010

Je ne perds plus le moral

Je ne perds plus le moral

Depuis que j’ai choisi

Un jour de l’enterrer

Tombe trente-trois

Quatrième allée

 


Sur la branche d’un arbre

Au fond du cimetière

Je vis à présent perché

Sifflotant

Souriant

Solitaire

 


Je simule l’entrain

Le bonheur

La douce gaîté

On dirait que béat

Je m’extasie

Il suffirait d’un rien

Pour me mettre à chanter

Les couleurs de la vie

 

 

 

Jacques Herman

2010

13:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)