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17/10/2010

J'ai perdu mon temps

J'ai perdu mon temps

Dimanche dernier

Quatre jours depuis

Sont passés

 

Un doute soudain

M'effleure

Puis me pénètre

M'envahit

Fait rouler sur mon front

Quelques gouttes de sueur

 

Si par bonheur

Qui sait

Je le retrouve

Ce jeudi

Aura-t-il gardé

Me dis-je

Toute sa fraîcheur

Ou sera-t-il fané

Décomposé

Pourri

 

Comme ces fleurs

Achetées

La semaine dernière

Au marché

De la Place du Midi

 

 

Jacques Herman

2010

 

 

09:33 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

16/10/2010

Je mesure

Je mesure l’inutilité des propos que je vais tenir avant même de les avoir posés sur la feuille de papier.

 

Fidèlement attaché à l’évidence logique, je me résous donc à n’en pas écrire le moindre mot.

 

Il convient donc de considérer les lignes ci-dessus  elles-mêmes comme nulles et non avenues.

 

 

Jacques Herman

2010

 

15:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

15/10/2010

Le regard ombrageux des passants

Prendre une feuille morte - l'essence de l'arbre importe peu -  et la rouler entre les doigts, très doucement, jusqu'à ce qu'elle se brise bruyamment.

 

Suivre des yeux le vol imaginaire d'un bourdon, si possible en imitant, avec détachement et sans inhibition, son insupportable vrombissement.

 

Regarder la lune, les yeux dans les yeux, jusqu'à l'éblouissement, puis dénombrer les cratères en faisant coulisser les billes colorées  d'un boulier compteur.

 

Se coiffer d'un entonnoir géant, s'affubler d'un nez rouge de clown, par nature déstabilisant, et marcher en titubant, le sourire aux lèvres jusqu'au bout de l'avenue. S'arrêter en miaulant au pied du dernier réverbère ou se prosterner   humblement devant la première fille nue sous un manteau d'astrakhan.

 

Enfin, s'il en est temps encore, rentrer chez soi, relever avec soin les impressions du jour, avant de s'endormir avec l'image du regard ombrageux des passants.

 

 

Jacques Herman

2010

 

13:45 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

14/10/2010

Rumeurs

Sans doute ne dira-t-on jamais assez l'impudence, le cynisme et la vulgarité , ni l'incontestable manque de retenue de ce qu'on appelle les petits bruits des rues . A ne pas confondre avec les gros bourdonnements des moteurs prétentieux, les aboiements des chiens, les cris des marchands, les travaux d'entretien.

 

Les petits bruits des rues sont d'une autre nature. S'ils sont à l'évidence  peu perceptibles du point de vue de l'acoustique , ils ne se font pas moins remarquer pour autant. On les appelle "on-dit", "bruits de couloirs", "ragots". Pour ceux dont la durée paraît moins évidente, on parle de "bruits qui courent". Et souvent, on les regroupe sous le nom générique de "rumeurs".

 

On sait pertinemment que l'épouse du notaire, la fleuriste et le coiffeur, trois personnes pour une seule rue de quelque trente maisons, depuis des lustres en font la collection. La première, qui ne brille guère par la puissance de ses raisonnements, les conserve sous cloche, comme du beurre ou du fromage, arguant du fait que c'est ainsi qu'elles résonnent le mieux et gagnent en audibilité. La deuxième préfère les enfermer dans un coffret dont elle détient jalousement la clé. Au fur et à mesure de sa récolte, le troisième les éviscère au soleil, les badigeonne d'huiles végétales, puis les enrobe de bandelettes et les expose dans son salon de coiffure.

 

 

Jacques Herman

2010

11:01 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

13/10/2010

Le poète inconnu

"Du grand deuil des crapauds, il ne saurait être question dans les lignes qui suivent. C’est une règle bien établie, intangible, presque sacrée, de ne jamais s'appesantir sur la fin tragique de la vie des batraciens..."

 

Après ces quelques mots d’une introduction à l'évidence inachevée, le poète s'est tiré - mais on n'a jamais su pourquoi - une balle dans la poitrine.

 

Des taches de sang coagulé sur le papier jauni en portent encore aujourd'hui l'irrécusable témoignage.

 

Dans la nuit étoilée de ce dernier jour d'été vous m'observez de vos yeux globuleux, ô mes grenouilles préférées ; vous coassez pour me convaincre de reprendre les lignes de l'auteur trop pressé d'en finir. Mais il est mort, il a donc tout achevé, la reprise et la continuité n'ont de sens que si la vie se poursuit. On efface ce que d'autres ont fait ou alors on n'y touche pas, Mais on ne détourne pas la somme des échecs et des succès à notre profit.

 

Le printemps traverse ma chambre. La propriétaire m'invite à lire la plaque de pierre que le défunt a demandé de poser à côté de la porte: "En cette maison naquit en 1693 un inconnu;il y mourut en 1752 et le monde des lettres, des arts et des sciences ne lui a jamais rien dû."

 

Jacques Herman

2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

00:09 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/10/2010

Ce qui m'importe vraiment

Ce qui m’importe vraiment, c’est l’eau de la Saône, l’eau du Rhin, du Danube, de l’Escaut, l’eau du Rhône, l’eau qui coule sans fin et qui m’ interpelle  quand je longe les rives.

 

Il me plaît de lire dans les ridules de la surface sous le vent l’écoulement du temps, inexorable, implacable, imperturbable, souverain.

 

Ma vie ressemble étrangement me dis-je à celle des poissons qui nagent dans le courant sans en connaître la raison.

 

 

Jacques Herman

2010

 

 

22:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

11/10/2010

On compare les morceaux

On coupe

On tronçonne

On débite

On sectionne

On morcèle tout

L’ignorance et l’absurdité

L’arrogance et la vanité

Les couleurs incertaines du passé

Les illusions

Les rêves parfumés

Les cauchemars

Les délires

Les silences

Les petits bonheurs

Les granules de joie

Les soupçons d’espérance

Les complicités

Les cris étouffés

Des âmes en partance

 

On compare les morceaux

On les classe

On les trie

On donne les meilleurs

Aux pourceaux

On conserve pour soi les pires

 

 

Jacques Herman

2010

22:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/10/2010

Comme le pigeon

Je ne suis, dit-il, qu’un train de passage. Le tunnel sourit. Le conducteur de la locomotive n’a rien vu, rien entendu. Il n’attend que le retour à la lumière, de l’autre côté. Les battements de coeur de la locomotive s’accélèrent. La machine commence à transpirer. Mais les aiguilles de l’horloge semblent bloquées. Le tunnel s’étire jusqu’à la la limite de la déchirure. Le train n’en finit pas de le traverser.

Dehors, la montagne retient son souffle pour ne pas s’effondrer. Elle espère du fond de son coeur rocheux, qu’aucun oiseau ne la chatouillera du bout de ses ailes.

Finalement, tout doit retourner à la folie, comme le pigeon au pigeonnier, comme l’homme à la poussière.

 

 

Jacques Herman

 

00:46 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

09/10/2010

Passage

Chaque jour se meurt à l'ombre d'une nuit; l'heure de son décès varie selon l'humeur des saisons. L'aube est patiente quand l'hiver bat son plein. La chaleur estivale l'aide à se lever.

 

Le temps qui passe sans crier gare creuse sans fin les sillons qui fendillent les cœurs et dessèchent les âmes jusqu'à la limite dernière des heures que les dieux nous infligent.

 

Alors, à cet instant précis, sans même nous en apercevoir, la face grimaçante du monde chute dans le puits sans fonds de notre oubli; nous ne voyons plus rien, nous sommes sourds à tout.

 

On nous a fait accroire que c'est ainsi que s'ouvrent à notre misère les lourds portails de l'éternité.


Sur le linceul qui recouvre ce que nous avons été, il arrive qu'une main familière ou inconnue jette une ou deux poignées de pétales de roses.

 

 

 

Jacques Herman

22:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/10/2010

Chevaux ailés

Les chevaux ailés passent au-dessus des champs, lourds infiniment, bien qu'emplumés. Ils se déplacent lentement, atteignent les polders, continuent à battre des ailes courageusement. Ils passent au-dessus des villes côtières, puis survolent les premières vagues, et atteignent finalement la pleine mer.

 

Les poissons, les algues, les crustacés, n'en ont cure. Rien ne les touche de ce qui se passe au-delà de leur monde familier.

 

De l'autre côté de la Mer du Nord, sur les falaises anglaises, quelques moutons désemparés craignent déjà la cohabitation. Les mammifères ailés feront-ils montre d'un sentiment de supériorité?

 

L'heure de vérité va sonner dans peu de temps. Tous les yeux de la Blanche Albion sont fixés sur cet avenir incertain, cotonneux comme le brouillard.

 

 

Jacques Herman

13:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)