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12/10/2010

Ce qui m'importe vraiment

Ce qui m’importe vraiment, c’est l’eau de la Saône, l’eau du Rhin, du Danube, de l’Escaut, l’eau du Rhône, l’eau qui coule sans fin et qui m’ interpelle  quand je longe les rives.

 

Il me plaît de lire dans les ridules de la surface sous le vent l’écoulement du temps, inexorable, implacable, imperturbable, souverain.

 

Ma vie ressemble étrangement me dis-je à celle des poissons qui nagent dans le courant sans en connaître la raison.

 

 

Jacques Herman

2010

 

 

22:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

11/10/2010

On compare les morceaux

On coupe

On tronçonne

On débite

On sectionne

On morcèle tout

L’ignorance et l’absurdité

L’arrogance et la vanité

Les couleurs incertaines du passé

Les illusions

Les rêves parfumés

Les cauchemars

Les délires

Les silences

Les petits bonheurs

Les granules de joie

Les soupçons d’espérance

Les complicités

Les cris étouffés

Des âmes en partance

 

On compare les morceaux

On les classe

On les trie

On donne les meilleurs

Aux pourceaux

On conserve pour soi les pires

 

 

Jacques Herman

2010

22:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/10/2010

Comme le pigeon

Je ne suis, dit-il, qu’un train de passage. Le tunnel sourit. Le conducteur de la locomotive n’a rien vu, rien entendu. Il n’attend que le retour à la lumière, de l’autre côté. Les battements de coeur de la locomotive s’accélèrent. La machine commence à transpirer. Mais les aiguilles de l’horloge semblent bloquées. Le tunnel s’étire jusqu’à la la limite de la déchirure. Le train n’en finit pas de le traverser.

Dehors, la montagne retient son souffle pour ne pas s’effondrer. Elle espère du fond de son coeur rocheux, qu’aucun oiseau ne la chatouillera du bout de ses ailes.

Finalement, tout doit retourner à la folie, comme le pigeon au pigeonnier, comme l’homme à la poussière.

 

 

Jacques Herman

 

00:46 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

09/10/2010

Passage

Chaque jour se meurt à l'ombre d'une nuit; l'heure de son décès varie selon l'humeur des saisons. L'aube est patiente quand l'hiver bat son plein. La chaleur estivale l'aide à se lever.

 

Le temps qui passe sans crier gare creuse sans fin les sillons qui fendillent les cœurs et dessèchent les âmes jusqu'à la limite dernière des heures que les dieux nous infligent.

 

Alors, à cet instant précis, sans même nous en apercevoir, la face grimaçante du monde chute dans le puits sans fonds de notre oubli; nous ne voyons plus rien, nous sommes sourds à tout.

 

On nous a fait accroire que c'est ainsi que s'ouvrent à notre misère les lourds portails de l'éternité.


Sur le linceul qui recouvre ce que nous avons été, il arrive qu'une main familière ou inconnue jette une ou deux poignées de pétales de roses.

 

 

 

Jacques Herman

22:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/10/2010

Chevaux ailés

Les chevaux ailés passent au-dessus des champs, lourds infiniment, bien qu'emplumés. Ils se déplacent lentement, atteignent les polders, continuent à battre des ailes courageusement. Ils passent au-dessus des villes côtières, puis survolent les premières vagues, et atteignent finalement la pleine mer.

 

Les poissons, les algues, les crustacés, n'en ont cure. Rien ne les touche de ce qui se passe au-delà de leur monde familier.

 

De l'autre côté de la Mer du Nord, sur les falaises anglaises, quelques moutons désemparés craignent déjà la cohabitation. Les mammifères ailés feront-ils montre d'un sentiment de supériorité?

 

L'heure de vérité va sonner dans peu de temps. Tous les yeux de la Blanche Albion sont fixés sur cet avenir incertain, cotonneux comme le brouillard.

 

 

Jacques Herman

13:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

07/10/2010

Echauffourée

On se bouscule. On se rudoie. On se crêpe le chignon. On s’accable d’invectives, on s’injurie, on fulmine, on s’insulte .  On se tape dessus. On sort les couteaux. On cherche à en découdre. On s'entre-déchire.  On se blesse. On se lacère. On s'étripe. Le sang, à présent, gicle de partout. Les plus fragiles tentent de fuir, appellent au secours.

 

L'échauffourée  se calme soudain quand on s'aperçoit que des arbres, grièvement blessés dans ce combat de rue, supplient à genoux que nous y mettions fin.

 

Car les arbres souffrent autant que les humains, ils se tordent de douleur au point qu'une oreille attentive peut entendre craquer l’écorce et les branches .

 

Les blessures de certains d'entre eux nécessitent des soins. Les arbres saignent, impuissants, comme des soldats sans armes sur un champ de bataille.

 

 

 

Jacques Herman

 

12:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

06/10/2010

Florissimo

Florissimo propose

Des fleurs fanées au quart du prix

Des cactus

Des yuccas

Des fougères

Des lys blancs pour  les obsèques

Des oeillets pour les boutonnières

 

Florissimo propose

Des tulipes ouvertes

Comme des bouches d'égout

Des cannas fatigués

Qui baissent la tête

Des bouquets de mariage

Et d'anniversaire

Des gerbes de deuil

Des milieux de table

De la mousse florale

Et des roses pourries

Qui inspirent le dégoût

 

 

Jacques Herman

2010

12:56 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

05/10/2010

Finis Gloriae Mundi

La mort t’a bercé dans ses bras livides. Tu t’es endormi paisiblement, comme dans son berceau l’enfant, sous l’oeil attentif de sa mère.

 

Les jours alors ont effacé les nuits et tu as glissé hors des normes du temps. Dans la froide obscurité de la boue, tu as fait, sans l’avoir voulu, la rencontre essentielle.

 

L’herbe ne vibre plus au son de ta voix. Les nuages indifférents s’étirent au-dessus de toi et le vent les emporte en les déchirant.

 

Ton image résonne en nous comme le glas. C’en est fini de la gloire du monde.

Même pour vivre, chacun doit laisser mourir quelque chose en soi.

 

 

 

Jacques Herman

15:56 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

04/10/2010

Ton regard en dit long

Ton regard en dit long

Furtivement j'observe

L'éclat des rayons

Qu'il projette

Sur le passé

 

Tiens-toi tranquille

Présent abhorré

M'a-t-il semblé

Lire dans tes yeux

 

L'avenir

N'est qu'un cheval emporté

Qui vole au vent froid de l'année

Et qu'il est malsain

D'imaginer d'avance

 

L'instant présent

Aussitôt né

Se replie sur lui-même

Se roule en boule et meurt

 

Il n'est dis-tu que le passé

Qui vive pleinement

Dans les bruits et les silences

Que nous demeurons

Libres de régler

Au gré des circonstances

Et au-dela des humeurs

Inconstantes du temps

 

 

 

Jacques Herman

2010

11:31 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

03/10/2010

Brocante

 

Nous sommes de fer

De rouille

Il manque de l'huile

Dans nos rouages

Nous sommes de bois

De papier

De carton

Mais nous n'en avons cure

Et personne ne paraît

Que du contraire

Se plaindre de notre âge

 

On nous sous-pèse

On nous tâte

On vieille à baisser les prix

Que nous ne valons pas

Puisque nous ne servons plus

Qu'à panser les plaies

De leurs nostalgies

 

Ils nous guettent du coin de l'oeil

Ils nous convoitent

 

Verres ébréchés

Plateaux écaillés

Cuillères oxydées

Chevaux de bois qui boitent

Poupées désarticulées

 

Un doux chant volète

Dans le ciel bleu

A notre aplomb

Les acheteurs sourient

Nous tenant sous le bras

Jusque dans leur maison

 

Puis ils nous oublieront

Nous éloigneront d'eux

Et nous ne savons pas

Ce qu'en leur purgatoire

Nous deviendrons

 

 

 

Jacques Herman

2010

 

10:27 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)