Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

24/09/2010

Ungaretti

Poète de la douleur, Ungaretti s'est assis sur le rebord tranchant de la nuit.

 

Les yeux grands ouverts, il observe la mer et sa bave écumeuse.

 

C'en est bientôt fini du jour des laves ténébreuses qui s'écoulent, lourdes et visqueuses comme l'ennui.

 

Il s'étire jusqu'à la déchirure puis vomit à la face du monde des paroles poudreuses qu'emporte le vent et qui ressemblent à des étoiles.

 

 

Jacques Herman

17:25 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

23/09/2010

Voici

Voici mon passeport. Voici ma carte d'identité. Voici d'autres papiers dont le constat de décès qui fut rédigé une heure à peine après ma mort.

Voici la boîte minuscule où ma mère avait conservé ma première dent de lait. Voici la facture des pompes funèbres; je crois qu'on l'a payée.

 

Je vous donne aussi un lacet de chaussure que j'avais ramassé sur un trottoir l'hiver dernier. Il me servait de porte-bonheur.

 

En venant jusqu'ici, j'ai vu mon reflet dans une flaque d'eau sale et je me suis fait peur.

 

 

Jacques Herman

17:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

22/09/2010

Dans le beurre moussu

Tous les instants du monde frissonnent d'impatience. Le temps refuse de s'arrêter.

 

L'horloge finit par éclater. Tous les fragments de l'heure s'éparpillent sur la voûte du ciel. Qui va les réunir? Qui veut les rassembler?

 

Dans la poêle surchauffée, les œufs jusqu'ici brouillés se réconcilient dans le beurre moussu.

 

 

Jacques Herman

17:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

21/09/2010

Grelots

La mort des anges au-delà des buissons épineux passera inaperçue comme un soupir des dieux, dans la tiédeur silencieuse d'une nuit d'été.

 

Personne n'aura rien remarqué , ni de ce côté-ci de la colline, ni de l'autre.

 

Quelques-un diront avoir entendu tinter des grelots et  grincer le timon d'un char tiré par une couple de bœufs.

 

Les laves ténébreuses s'écoulent, lourdes et visqueuses comme l'ennui.

 

 

 

Jacques Herman

17:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

20/09/2010

Ma maison

Les tuiles rouges des toits des maisons de la ville où je suis né ont viré au gris sale et j’ignore pourquoi.

 

La maison de mes bonheurs passés m’a reconnu quand nos regards se sont croisés. Nous sommes tous les deux demeurés silencieux.

 

Les pierres suent la souffrance comme le citron pressé, avant de périr d’étouffement entre les doigts, exprime son jus acide.

 

 

 

Jacques Herman

 

17:17 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/09/2010

La laine du réconfort

La mort est venue seule. La rigidité cadavérique s'est imposée plus tôt que prévu. Mais il a lourdement grêlé: le corps a paru bouger.

 

Les bruits de la vie n'ont plus court et les nuages seuls, poussés par le vent, infatués, hautains, paradent, vainqueurs, quand bien même ils souffrent d'incurables maux et crèveront sur l'heure en vomissant leur eau.

 

Inaptes au vol, nous  préparons dans la fange limoneuse du Brabant wallon, des funérailles tout en douceur, tendres et velouteuses.

 

Impavides sous la pluie d'outrages, de quolibets, de discours menaçants, nous garderons les yeux braqués sur les doigts fins des fileuses et sur la laine rugueuse des secrets réconforts.

 

 

Jacques Herman

17:17 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/09/2010

Toutes les pages

Toutes les pages sont tachées. La reliure accuse son âge. Une ligne vient de s'échapper de la table des matières. Il est inutile, me dis-je de la rattraper.

Elle a ses raisons. J'ai perdu la mienne.

 

Une fine poussière s'élève dans la fraîcheur du soir.

 

 

Jacques Herman

 

 

17:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

17/09/2010

D'outre-tombe

Prisonnier des arômes premiers, fragile comme un miroir, il traverse dès l’aube les rues basses de Lisbonne.

 

Il répète jusqu’à l’ivresse  qu’il s’aime et qu’il n’aime au monde rien autant que lui.

 

Les passants l’ignorent. Le tramway aussi.

 

Il se chante à lui-même des airs qu’il façonne et fait naître des soleils de gloire qui rayonnent au-dessus de lui.

 

Puis fatigué, épuisé, défait, il tend le bras et pointe le doigt vers l’océan. Tout autour de lui résonne l’indifférence. Il pleure comme un dieu qui se condamne lui-même et se repent d’avoir créé le monde.

 

Dans les rues animées, le bruit devient silence.

 

 

 

Jacques Herman

17:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/09/2010

Lisbonne

Prisonnier des arômes premiers, fragile comme un miroir, il traverse dès l’aube les rues basses de Lisbonne.

 

Il répète jusqu’à l’ivresse  qu’il s’aime et qu’il n’aime au monde rien autant que lui.

 

Les passants l’ignorent. Le tramway aussi.

 

Il se chante à lui-même des airs qu’il façonne et fait naître des soleils de gloire qui rayonnent au-dessus de lui.

 

Puis fatigué, épuisé, défait, il tend le bras et pointe le doigt vers l’océan. Tout autour de lui résonne l’indifférence. Il pleure comme un dieu qui se condamne lui-même et se repent d’avoir créé le monde.

 

Dans les rues animées, le bruit devient silence.

 

 

 

Jacques Herman

17:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

15/09/2010

Fleurs des champs

Il pleut des fleurs des champs sur les terrains boueux. Les terres cultivées, tout autour, en prennent ombrage.

 

Le sentier se souvient des pas légers des esprits de passage: leurs empreintes sont gravées dans la mémoire du temps.

 

Ce sont eux qui, naguère, ont procédé à l’élection des terres puis ont quitté les lieux, calmes, sereins, silencieux.

 

 

 

Jacques Herman

 

 

17:13 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)