Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

16/09/2010

Lisbonne

Prisonnier des arômes premiers, fragile comme un miroir, il traverse dès l’aube les rues basses de Lisbonne.

 

Il répète jusqu’à l’ivresse  qu’il s’aime et qu’il n’aime au monde rien autant que lui.

 

Les passants l’ignorent. Le tramway aussi.

 

Il se chante à lui-même des airs qu’il façonne et fait naître des soleils de gloire qui rayonnent au-dessus de lui.

 

Puis fatigué, épuisé, défait, il tend le bras et pointe le doigt vers l’océan. Tout autour de lui résonne l’indifférence. Il pleure comme un dieu qui se condamne lui-même et se repent d’avoir créé le monde.

 

Dans les rues animées, le bruit devient silence.

 

 

 

Jacques Herman

17:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

15/09/2010

Fleurs des champs

Il pleut des fleurs des champs sur les terrains boueux. Les terres cultivées, tout autour, en prennent ombrage.

 

Le sentier se souvient des pas légers des esprits de passage: leurs empreintes sont gravées dans la mémoire du temps.

 

Ce sont eux qui, naguère, ont procédé à l’élection des terres puis ont quitté les lieux, calmes, sereins, silencieux.

 

 

 

Jacques Herman

 

 

17:13 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

14/09/2010

Candeur

Dans la brume violette, l’homme avance, hésitant, à la manière des échassiers dans un étang.

 

Des légions d’ombres sortent du bois, s’approchent à pas lents, puis l’encerclent de plus en plus près, jusqu’à l’étouffement.

 

Le long de la route, en bordure des champs, les grands arbres noirs, par miséricorde, lui tendent vainement leurs longues branches nues.

 

L’homme perçoit leur craquement. Puis il expire.

 

De l’encre en deuil tache les feuilles qui pourrissent au pied des troncs.

 

La candeur des morts ressemble à l’insomnie vaincue.

 

 

 

Jacques Herman

 

 

17:13 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

13/09/2010

Titus

C’était un soleil vert qui éclairait le temps qui si longtemps fut sien. Les heures les plus douces qu’avec Titus il passa, se laissaient parfois traverser par le vent.

 

Il pleuvait des notes que les dieux égrainaient mais que Titus et lui ne récoltaient que dans les moments de rare silence.

 

Il en était qui pourrissaient au sol et dont les os blanchis finissaient par éclater comme des bulles de savon.

Les autres, en s’envolant, s’accrochaient elles-mêmes aux portées. Elles savaient instinctivement où et quand s’arrêter.

 

Il suffisait alors de faire asseoir la solitude sur le tabouret du piano. Elle cousait parfois de ses doigts fins de dentellière les portées sur les pages, puis réunissait les feuilles en cahiers jusqu’au surgissement, ni infime, ni grandiose, de la partition, complète et irisée comme une écaille de poisson.

 

C’était le lieu, c’était l’instant, de l’effacement momentané du monde.

 

 

Jacques Herman

17:12 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/09/2010

La mer se retire

La mer se retire et les vagues ajournent leur bonheur.

 

Compatissants, les nuages, deux fois par jour, les consolent mais en vain: les vagues à jamais demeurent insaisissables. Elles vous glissent entre les doigts comme le vent, comme le sable.

 

La plage f’ailleurs, n’a rien de stable. Pas même l’horizon qui s’habille de brume, puis se dénude sans prévenir.

 

La plage est versatile, changeante, instable , comme le vol d’un cerf-volant.

 

 

Jacques Herman

 

 

17:11 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

11/09/2010

Comme on parle à la pierre

Comme on parle à la pierre, à l’arbre, au nuage passant, j’ai tenté de parler à la mer.

 

Mais la mer obstinément refuse de se taire et chacune des vagues éclate à mes pieds en bave écumeuse.

 

Il ne me reste plus, comme par désespérance, qu’à m’adresser au vent ou à garder le silence.

 

 

Jacques Herman

 

17:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/09/2010

Rumeurs bourdonantes

On ne saura jamais ce que le pape a dit dans le grand champ de blé, ni ce que les épis ont pu  lui rétorquer.

 

Mais on croit savoir pourquoi les coquelicots se sont mis depuis lors à trembler.

 

Secret d'Etat. Rien ne doit filtrer.

 

On devine la douleur charnelle des nuages condamnés à subir la sculpture des vents qui les réduit au silence.

 

Les rumeurs bourdonnantes sont menées au bûcher sous la garde de soldats baveux, pustuleux et sanguinolents.

 

Remplies à ras-bord d’ivresse et d’opacité, des foules perverses se lancent à l’assaut de la citadelle des bruits, des on-dit, des ragots, des contre-vérités.

 

Une épaisse fumée envahit le ciel à longueur de journée.

 

 

 

Jacques Herman

 

17:08 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/09/2010

Dérisoire

Il t'a fallu courir beaucoup

Il t'a fallu courir longtemps

Il t'a fallu courir parfois si vite

Que tu t'es laissé

Porter par le vent

Qui décornait les boeufs

Qui plaquait au sol

Les oiseaux migrateurs

 

Il t'a fallu courir si loin

Qu'on a bien cru

Ne jamais te revoir

 

Et finalement

Plongeant dessus

De tout ton long

A la tombée du soir

Tu l'as tenue

Au creux de te mains

Cette feuille mincelette

Minuscule

Ridicule

Dérisoire

 

 

Jacques Herman

2010

11:38 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

08/09/2010

Au commencement

Au commencement

Le Verbe tremblotait

Frêle

Hésitant

Alors que nul

Apparemment

Ne l’écoutait

 

Pourquoi le Verbe

Sans auditeur

Se donnait-il

Tant de peine

Tant de mal

Dès la première heure

De l’histoire du monde

 

Personne ici-bas

N’en sait rien

Mais tandis

Que nous glissons sur l’onde

Bourrés de doutes

Frémissants d’inquiétude

Amers

Aigris

Incertains

 

Il nous semble

Qu’à mesure

Que nous nous en approchons

La ligne d’horizon

S’éloigne sans fin

 

 

Jacques Herman

2010

09:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

07/09/2010

On se fie au hasard

Tout est rompu

Cassé

Détruit

 

Les souvenirs effilochés

Se mettent à pourrir

 

On se fie au hasard

Pour se faire prévenir

De ce que sont devenus

Les amis

Les amours

Et les images simples qu’un jour

Nous avions figées

Dans ces glaçons de la mémoire

Que les années engrangent

 

Ceux qui prient s’imaginent

Que Dieu va descendre

Du ciel pour les aider

Et finissent par

Se persuader

Qu’ils entendant le vol des anges

 

Ceux qui ne croient plus en rien

Ou qui n’ont jamais cru

Se tiennent à carreau

Mais ils pointent du doigt l’oiseau

Qui leur défèque dessus

 

 

 

Jacques Herman

2010

 

 

14:29 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)