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02/08/2010

On craint

La lumière est morte

On l’enterre demain

 

Pourquoi demain déjà

 

Parce ce qu’on craint qu’à cause

Des grandes chaleurs

Elle ne se décompose

Avant l’heure

 

 

Jacques Herman

2009

 

 

 

14:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

01/08/2010

Espoir à vendre

J’ai mis à part

Les lettres anciennes

Et les photos jaunies

 

Un rayon de soleil

Inespéré

M’invite à la promenade

 

Comme chaque lundi

L’homme  se tient accroupi

Contre un mur de la gare

Devant des paniers

Pleins à ras bord

 

Il s’égosille

Espoir à vendre

Laissez-vous tenter

Espoir frais du jour

Mais aucun passant

Ne lui porte un regard

 

La semaine prochaine

Même lieu

Même heure

Il vendra

Des chapeaux

Des laitues

Des verrues

Ou des porte-bonheur

 

 

Jacques Herman

2009

11:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

31/07/2010

En nous tout refroidit

Ils ont bouté le feu

A des frissons d’amour

Partis en fumée

C’est ce qui rend

Le ciel de lit si lourd

Qu’il se déchire

Et qu’on dirait qu’il pleut

Alors en nous

Tout refroidit

Comme le thé

Qu’on oublie

De boire et qui

Fait mine

De nous narguer

 

 

Jacques Herman

2009

 

 

 

23:06 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

30/07/2010

Soucis

Des fleurs minuscules

Qui passent inaperçues

Ou dont on se rit

Des fleurs

Sans tige

Sans sépales

Sans pétales

Sans calice

Sans étamines

Sans feuilles

Sans épines

Sans couleurs

Sans odeur

 

Sans doute

Des soucis

 

 

Jacques Herman

2009

02:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

29/07/2010

Mon territoire

Mon territoire

Ce sont les roseraies rouges d’espoir

Et tes joues

Sous le soleil de midi

Et la cendre fumante

Répandue à la main

Sur le sable endormi

Et la chair molle des jours

Plus fragile

Plus cassante

A mesure que le temps file

Entre les doigts

 

Mes territoires ce sont

Des jonctions  de chemins

De ceux qui m’ont aimé

De ceux qui m’ont détesté

De ceux qui m’ont vu grandir

De ceux qui m’ont vu vieillir

Puis de ceux qui ont chanté

Des chants funèbres

Quand ils m’ont incinéré

 

 

Jacques Herman

2009

 

02:17 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

28/07/2010

Soir

Le soir encore vient de trembler

Depuis toujours

Il cultive

La peur du loup

La peur de l'étranger

Depuis toujours

Il se méfie de tout

 

Il se méfie de ce qui

Trouble le jour à son décès

Quand monte la nuit

Quand l'ombre grandit

A mesure que le soleil

Descend à l'horizon

 

Il se méfie des cris

Des voix stridentes qui

Le mènent parfois

Jusqu'aux frontières

Qui séparent

Le délire

De la déraison

 

Finalement

Il se protège

Des bruits

Des hurlements

Des briseurs

De tranquillité

Qu'il devine à ses côtés

Selon la direction du vent

 

Le soir n'a pas acquis

La conscience

De sa finitude

 

Le soir comme l'humain

Se croit important

 

 

Jacques Herman

2009

 

23:46 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

27/07/2010

Eclaboussures

Les heures creuses

Se referment sur toi

Comme deux moitiés de noix

Comme les valves

D’un coquillage

 

Elles t’habillent

Aux couleurs du temps

Te rosissent les lèvres

Et te parfument

De muguet fleurant doux

 

Mais soudain

Les dieux courroucés

Crachent leurs vomissures

Et nous voilà tachés

Par les éclaboussures

 

Dans les rues de la ville

Nous cherchons un abri

Là ce porche peut-être

Ou bien la galerie

Ou l’ancienne brasserie

Juste en face de nous

 

 

Jacques Herman

2009

 

20:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

26/07/2010

Mais le soir

D’un seul doigt

Tu dessines

Dans le ciel des fleurs

D’une espèce qui

Ne pousse

Nulle part ailleurs

 

Elles sont blanches

D’abord

Comme les nuages

Au milieu du jour

 

Mais le soir

Au double coucher

Du soleil et de la chair

Elles se parent des couleurs

Du désir

 

Le temps qui passe

Sans vergogne les efface

L’une après l’autre

Aux premières lueurs

Du petit matin

 

 

Jacques Herman

2009

20:13 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

25/07/2010

Paul van Ostaijen

J’ai passé mon enfance ici

Mais je ne reconnais rien

Alors que ferons-nous

Eh bien

 

Nous allons compter

Les étoiles de mer

Et les coquillages

En longeant la plage

De sable fin

 

Nous allons dénombrer

Les brise-lames bleu-noir

Les nuages

Les parasols ouverts

Les parasols fermés

Les cargos lointains

Les voiliers blancs

Les seins dénudés

Les coups du sort

Tombés du ciel

Eclatés

A proximité

De l’ancien casino

 

Nous allons récolter

Des souvenirs perdus

Dont personne ne veut plus

 

J’ai passé mon enfance ici

Mais je ne reconnais rien

Sinon le bruit des vagues

Le reflux de l’écume

Et quelques détails

Aperçus dans la brume

Qui flotte sur les polders

 

A la minque je crois

Reconnaître des voix

Qui trouent le silence

 

Quelques enfants

Se disputent en flamand

Ik heb gewonnen

Dit l’un d’eux

Le petit rouquin

Joint les mains

Regarde la pointe de ses souliers

Puis il invite

Les autres à prier

Laat ons bidden dit-il

C’est un futur curé

A moins qu’un jour

Il ne change d’avis

Plus aucune foi peut-être

Mais de la poésie

 

Je l’imagine bien

Très à l’écart du monde

Ecrivant

Des poèmes étonnants

Comme ceux de

Paul van Ostaijen

Mort à Bruges à trente-deux ans

 

 

Jacques Herman

2009

13:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

24/07/2010

Champs labourés

Que personne ne s’avise

Jamais à demander

Ce qu’il advient des terres

Imprégnées de nos peines

Et de nos chagrins

 

Les sillons boueux

Relèvent du domaine

Du mystérieux

De l’insondable

De l’incertain

 

Leurs lèvres béantes

Jamais ne soufflent mot

Paradoxe curieux

Insaisissable

Des champs labourés

 

Dans le silence printanier

Une main sèmera

Des graines prometteuses

Et le blé bientôt

Recouvrira

La terre douloureuse

 

 

Jacques Herman

2009

11:07 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)