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27/07/2010

Eclaboussures

Les heures creuses

Se referment sur toi

Comme deux moitiés de noix

Comme les valves

D’un coquillage

 

Elles t’habillent

Aux couleurs du temps

Te rosissent les lèvres

Et te parfument

De muguet fleurant doux

 

Mais soudain

Les dieux courroucés

Crachent leurs vomissures

Et nous voilà tachés

Par les éclaboussures

 

Dans les rues de la ville

Nous cherchons un abri

Là ce porche peut-être

Ou bien la galerie

Ou l’ancienne brasserie

Juste en face de nous

 

 

Jacques Herman

2009

 

20:19 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

26/07/2010

Mais le soir

D’un seul doigt

Tu dessines

Dans le ciel des fleurs

D’une espèce qui

Ne pousse

Nulle part ailleurs

 

Elles sont blanches

D’abord

Comme les nuages

Au milieu du jour

 

Mais le soir

Au double coucher

Du soleil et de la chair

Elles se parent des couleurs

Du désir

 

Le temps qui passe

Sans vergogne les efface

L’une après l’autre

Aux premières lueurs

Du petit matin

 

 

Jacques Herman

2009

20:13 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

25/07/2010

Paul van Ostaijen

J’ai passé mon enfance ici

Mais je ne reconnais rien

Alors que ferons-nous

Eh bien

 

Nous allons compter

Les étoiles de mer

Et les coquillages

En longeant la plage

De sable fin

 

Nous allons dénombrer

Les brise-lames bleu-noir

Les nuages

Les parasols ouverts

Les parasols fermés

Les cargos lointains

Les voiliers blancs

Les seins dénudés

Les coups du sort

Tombés du ciel

Eclatés

A proximité

De l’ancien casino

 

Nous allons récolter

Des souvenirs perdus

Dont personne ne veut plus

 

J’ai passé mon enfance ici

Mais je ne reconnais rien

Sinon le bruit des vagues

Le reflux de l’écume

Et quelques détails

Aperçus dans la brume

Qui flotte sur les polders

 

A la minque je crois

Reconnaître des voix

Qui trouent le silence

 

Quelques enfants

Se disputent en flamand

Ik heb gewonnen

Dit l’un d’eux

Le petit rouquin

Joint les mains

Regarde la pointe de ses souliers

Puis il invite

Les autres à prier

Laat ons bidden dit-il

C’est un futur curé

A moins qu’un jour

Il ne change d’avis

Plus aucune foi peut-être

Mais de la poésie

 

Je l’imagine bien

Très à l’écart du monde

Ecrivant

Des poèmes étonnants

Comme ceux de

Paul van Ostaijen

Mort à Bruges à trente-deux ans

 

 

Jacques Herman

2009

13:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

24/07/2010

Champs labourés

Que personne ne s’avise

Jamais à demander

Ce qu’il advient des terres

Imprégnées de nos peines

Et de nos chagrins

 

Les sillons boueux

Relèvent du domaine

Du mystérieux

De l’insondable

De l’incertain

 

Leurs lèvres béantes

Jamais ne soufflent mot

Paradoxe curieux

Insaisissable

Des champs labourés

 

Dans le silence printanier

Une main sèmera

Des graines prometteuses

Et le blé bientôt

Recouvrira

La terre douloureuse

 

 

Jacques Herman

2009

11:07 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

23/07/2010

Annonces

Silence à rompre

Amarres à larguer

Chatons à donner

Contre bons soins

Maison de maître

A vendre

Avec dépendances

Malade à opérer

D’urgence

Livres à brûler

Phrases trop longues

A découper en tranches

Semaine surchargée

A vendre à

L’exception du dimanche

Chaise à porteur

A porter

Dans une autre salle du musée

Moins bien éclairée

Chaussures de marche

A cirer

Cercueil à clouer

Arbres à consoler

Parce que leurs feuilles

Sont tombées

Poissons à écailler

L’heure du dîner

Mine de rien

Avance

 

 

Jacques Herman

2009

 

10:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

22/07/2010

Sous mon chapeau

Ce n’est pas

Qu’il fasse froid

Comme au creux

De l’hiver

 

Mais sous mon chapeau

Madame

Il n’y a rien d’autre

Que de l’eau

 

De l’eau sale

Boueuse

Malodorante

 

Permettez-moi

Conséquemment

De rester couvert

 

 

Jacques Herman

2009

10:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

21/07/2010

L'écrivain

Au diable la plume

Au diable l’encrier

Au diable l’usage du papier

Foin de pleins

De déliés

De subtils arrondis

 

L’écrivain aujourd’hui

Les yeux rivés sur un écran

Tapote sur un clavier

De cinq lettres seulement

 

J - E – M – O – I

 

 

 

Jacques Herman

2009

 

 

12:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3)

20/07/2010

Qu'on l'incinère

QU’ON L’INCINERE

 

 

 

Je ne sais rien du monde

Que des approximations

 

Chasseur  d’ombres

Et d’illusions

Il m’arrive parfois

D’appeler au secours

Mais personne jamais

En ces murs ne répond

 

Il faut que mon corps

Reste cantonné

Dans le périmètre sacré

Du jardin délimité

Par la grange

L’ancienne remise

La tour

Et le ruisseau sans nom

Qui me ressemble un peu

Et coule toujours

Avec obstination

 

Au bord de la route

La maison blanche

Sans doute inhabitée

Dont le balcon

Doucement penche

N’en finit pas

De m’intriguer

 

L’été dernier

La foudre est tombée

Sur le chêne immense

Qui fut grièvement blessé

 

Qu’on enlève ses restes

Et puis qu’on l’incinère

Ai-je suggéré

C’est ce que l’on fait

Avec nos congénères

 

On m’a regardé

Dans un profond silence

Apparemment gêné

 

 

Jacques Herman

2009

12:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

19/07/2010

Tout a disparu

TOUT A DISPARU

 

 

 

Plus rien n’est pareil

A ce que j’ai connu

On dirait qu’en ces lieux

Tout a disparu

 

Le bar à l’angle de la rue

Les fleurs de givre

Sur les carreaux

L’opacité du jour

Mourant de novembre

Sur le petit étang

Et les peupliers

Qui en faisaient  le tour

Les noms gravés

Sur les pierres tombales

Les cafés enfumés

Le cabinet dentaire

La partie nord du mur

Du jardin de la cure

Les filles en vitrine

Dans les quartiers chauds

Les fumées orangées

Des cheminées d’usines

 

 

Jacques Herman

2009

 

 

00:59 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/07/2010

J'en ai fini

J’en ai fini de te poursuivre

A travers les blés humides

Les herbes qui regorgent

De la sueur du jour

Les sentiers boueux

Qui séparent les champs

 

J’en ai fini de suivre tes traces

De courir après toi

Et de me retrouver

Grosjean comme devant

Quand elles s’effacent

Dans les premiers cailloux

Qui bordent le torrent

 

J’en ai fini de crier ton nom

Le ciel est sourd à mon appel

 

J’en ai fini de sombrer

A la moindre vibration

Des humeurs du jour

Sous le poids des regrets

Des remords

Des pensées délétères

 

Des vaches dans le pré

S’arrêtent de brouter

Nos regards s’entrecroisent

 

Elles feignent l’indifférence

Par prudence

Ou par nécessité

 

 

Jacques Herman

2009

16:41 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)